Tentative de bilan des européennes
Par Sébastien Poupon
Les élections européennes du 7 juin ont constitué un échec important pour la quasi totalité des partis défendant les couleurs du PSE. Pour le militant que je suis, la soirée a été un véritable crève coeur au fur et à mesure que les résultats tombaient dans chaque pays. Je me remémorais les bons moments passés en compagnie d’activistes allemands, britanniques ou encore espagnols lors du lancement du manifesto au Congrès de Madrid: nous étions alors tous plein d’espoir, déterminés à faire triompher la social démocratie européenne.Et je le savais, eux non plus à cet instant précis n’avaient guère le coeur à profiter de cet agréable soirée de juin.Les suédois, les danois ou encore les grecs ont finalement sauvé l’honneur: je me souviens qu’ils n’étaient pas parmi les moins enthousiastes à Madrid et je suis persuadé qu’ils se sont donnés corps et âme dans cette campagne. Comme nous tous. Et comme nous le referons tous demain, au delà de cette défaite. Mais ces instants sont légitimement difficiles. Il est néanmoins important d’essayer d’en tirer quelques enseignements aussi bien à l’échelle européenne que sur le plan de notre parti, le PS.
Nous avons cru longtemps que la crise économique profonde dans laquelle nous sommes plongés orien terait les votes des européens vers la gauche. Non seulement de par la nature même de la gauche qui fait primer les valeurs de solidarité alors même que la crise accentue encore un peu + les inégalités mais également du fait que les conservateurs, au pouvoir à Strasbourg et dans la plupart des pays, sont comptables de ce mauvais bilan et leur réaction insuffisante face à la crise. La victoire des conservateurs ainsi que la percée des populistes dans un certain nombre de pays (Royaume-Uni, Pays-Bas, Autriche, Italie) nous rappelle une autre triste leçon: le fait de faire campagne sur les peurs et de prôner le repli sur soi fait malheureusement encore recette en période de crise. Notre principale tache doit alors être de lutter contre la tendance naturelle à l’égoïsme et de montrer que seule l’ouverture et la solidarité nous permettent de lutter durablement contre les aléas économiques et sociaux. Ce que nous avons fait, en partie, mais nous avons sous estimé l’importance de cette tache. Il est non pas moins mais + difficile encore de porter le message social démocrate en période de crise quand bien même il est, de loin, le seul efficace. Partons avec ce postulat de départ afin d’être encore + convaincant par la suite et d’être encore + determiné à opposer à nos adversaires une vision à la fois solidaire, réaliste et ancrée dans le réel.
La victoire des conservateurs, c’est avant tout celle des sortants, de ceux qui sont en place actuellement. Contrairement à ce qui était annoncé, il n’y a pas eu de vote sanction alors que ce dernier aurait pu être envisageable compte tenu de la situation actuelle très difficile.Apres tout, les républicains américains, qui avaient été maintenu au pouvoir en 2004 malgré leurs mensonges lors de la guerre en Iraq avaient été laminés par la crise économique 4 ans + tard. Tandis qu’en Europe, c’est comme si la frilosité et la peur du changement avaient été de rigueur. Le vote s’est pratiquement toujours joué sur des considérations avant tout purement nationales. Les européens ont imaginé que, comme aimait à le dire Abraham Lincoln durant la guerre de Sécession, il n’est pas forcément opportun de changer de cheval au moment de franchir un gué.Sans doute ont ils été influencés par le succès tout à fait relatif du G20 oubliant en même temps ses insuffisances criantes.Peut être ont ils confondu l’activisme apparent au niveau des chefs d’état et de gouvernements avec les véritables résultats, sans parler de l’inaction flagrante de la Commission.
Comble de l’ironie, le chef du gouvernement ayant accompli le meilleur travail durant la crise et ayant servi de locomotive aux autres dans l’adoption de plans de relance et de sauvetage des banques à savoir le20travailliste Gordon Brown a été l’un des seuls à subir les affres d’un vote sanction.Il est vrai qu’il a souffert de facteurs internes à la vie politique britannique à savoir une certaine usure du pouvoir ainsi que le scandale des remboursements de frais même si au final, les deputés conservateurs sont beaucoup + nombreux à être concernés par ces abus que les députes travaillistes.Malgré leur tiédeur au niveau des plans de relance (Merkel a été poussé par le SPD, Sarkozy a présenté un plan très insuffisant et on jettera un voile pudique sur l’action – ou plutôt l’inaction- de Berlusconi), les 3 autres chefs de gouvernement des 4 principaux pays d’Europe ont été confortés dans leurs positions.Dans une moindre mesure, cette prime au sortant a également fonctionné pour Zapatero car le PSOE, bien que battu, l’est nettement moins que le PS par exemple. Lorsque la gauche est associée à la droite en tant que junior partner, elle est encore + laminée qu’ailleurs: les scores du SPD et du PVDA sont catastrophiques alors même que leurs partenaires de la CDU et de la CDA arrivent en tete.D’où la difficulté d’être à la fois alliés pour gouverner et adversaires électoraux ainsi que celle d’avoir une visibilité au sein d’un gouvernement que l’on ne dirige pas.
Doit on néanmoins croire, comme le font les conservateurs, que ce vote traduit une satisfaction d e l’électorat? Certes non. L’abstention sans précedent vient démontrer qu’à défaut de satisfaction, on pourrait plutôt parler de resignation. Les européens sont inquiets et leurs craintes se transforment rapidement en méfiance générale ce qui fait qu’il est encore + difficile de défendre un projet alternatif. Sans être heureux du bilan des conservateurs, ils n’ont pas été suffisamment convaincus de notre capacité à faire mieux d’autant + que, comme on l’a rapellé, la crise a pour conséquence une tendance à rechercher la prudence de la continuité plutôt que le risque du changement . D’où l’erreur flagrante de croire qu’il était possible de transformer ce scrutin en simple vote sanction. Certains ont commis cette erreur au PS et celui qui, en France, a fait de l’antisarkozysme son unique cheval de bataille, à savoir Francois Bayrou, a été purement et simplement laminé.La leçon à tirer de ce constat est que nous devons formuler nos propositions avec clarté et défendre une ligne politique cohérente afin que le seul choix utile apparaisse non comme un risque mais comme une évidence .Et surtout, les européens se méfient d’une simple rhétorique offensive contre les sortants considérant qu’elle cache, même si ce n’est pas toujours vrai et cela ne l’était pas dans notre cas, une absence de programme.
La poussée des Verts offre une autre20leçon: l’environnement est définitivement devenu un sujet majeur. C’est une bonne chose dont nous ne pouvons que nous réjouir mais que, peut être, nous n’avions pas suffisamment anticipé au cours de notre campagne. Combien de fois ai je entendu de la part de certains responsables qu’il fallait, dans la campagne, laisser un peu de coté l’environnement puisqu’en période de crise, seuls les enjeux sociaux comptaient? Ce genre d’erreur fut dommageable à bien des egards.D’abord parce que notre principal programme social était d’essence écologique puisqu’il était question, dans le manifeste, de créer des millions d’emplois dans le secteur de la technologie verte .Ensuite parce que la “culture écologique” a considérablement evolué et qu’elle s’est democratisé: l’écologie est peut être la valeur la + transversale non seulement par rapport au clivage politique mais également aux différentes catégories socio professionnelles. Enfin parce que nous avions, dans le manifeste, le meilleur programme sur l’environnement et que nous ne l’avons pas suffisamment exploité.
Le score des Verts m’a ramené au souvenir d’un parti de notre famille, travailliste et membre de l’Internationale Socialiste, qui a remporté les élections en 2007 en se concentrant principalement sur les thématiques ecologistes.Ce fait est passé relativement inaperçu en France puisque cela s’est produit en Australie, pays qui fait rarement la une des quotidiens dans le domaine politique tout du moins (dans la rubrique sport, c’est autre chose).Le Labor australien, dirigé par Kevin Rudd et dont Pete Garrett, ancien chanteur de Midnight Oil et actuel ministre de l’environnement, fut la figueur de proue a mené une campagne axée sur la ratification de Kyoto ainsi que la promotion des energies renouvelables et tous les sondages montrent que ces aspects ont fortement contribué à leur victoire.
Enfin, comment ne pas évoquer en ce qui concerne le PS, le rôle joué par notre division.Il est évident que nous avons en partie payé l’épisode de Reims lors des européennes et nous portons toujours les stigmates de ce Congres désastreux qui a vu l’affrontement prematuré des présidentiables autour de motions pourtant quasi semblables en ce qui concerne les trois arrivés en tete.Nous nous étions, ce jour là, trompés d’enjeux et les français en ont été dramatiquement déconcertés. Plutot que de batir une ligne politique cohérente rassemblant tous les présidentiables autour d’un premier secrétaire qui se serait engagé à ne pas être candidat aux présidentielles, nous avons eu droit à toute une série de luttes de personnes destructrices pour tous. Maintenant, le mal est fait et il ne s’agit pas de tirer sur la direction actuelle mais d’y associer toutes les tendances, sans arrière pensée car la question du candidat devra être reglé bien + tard lors de primaires ouvertes seules capables de générer un momentum comme Barack Obama a su brillamment le démontrer aux Etats Unis.Mais une chose est sure: aucun candidat ne peut l’emporter sans un parti uni autour d’un projet clair et d’une ligne cohérente, moderne et audacieuse, ancrée dans notre siècle et capable de répondre aux enjeux de demain.
Nous devons donc travailler sur le fond: il est impossible de s’offrir le luxe de retarder encore un peu + la nécessaire rénovation idéologique sans courir le risque d’apparaître comme un parti à bout de souffle.Dans l’esprit des électeurs, nous sommes devenus une grosse machine à égos incapable de produire la moindre idée novatrice depuis sept ans.Si nous n’évoluons pas d’ici 2012, nous n’avons pas la moindre chance de remporter les prochaines élections.Je ne suis pas de ceux qui pronostiquent la mort du parti si nous perdons encore: après tout, d’autres partis en Europe sont restés longtemps dans l’opposition: je pourrait évoquer les 18 années du Labour entre 1979 et 1997 ou les 16 années du SPD entre 1982 et 1998.Mais il ne s’agit pas seulement d’exister. Notre objectif principal n’est pas de faire des petits concours de rhétorique entre amis histoire de prouver par A + B qu’on est de meilleurs socialistes que le voisin (et c’est encore mieux si on use d’un jargon technocratique incompréhensible pour le comm un des mortels) mais d’être utiles aux français.Ce sont eux qui souffrent des mesures anti sociales de Nicolas Sarkozy.Lorsque nous perdons les élections, ce ne sont pas nous mais les + pauvres de nos concitoyens qui en subissent les + graves consequences.Nous, nous perdons simplement des élections, nous nous en remettrons après tout.Eux subissent les casses sociales, la baisse de leur pouvoir d’achat, le mépris du gouvernement qui préfère offrir des cadeaux fiscaux aux + riches plutôt que se battre pour assurer un meilleur avenir aux + démunis et aux jeunes ou une vie + décente aux retraités les + pauvres.
La question n’est pas de savoir si nous survivrons à nos défaites (elle apparaîtrait bien égoïste) mais si nous sommes capables d’assumer la responsabilité que nous avons, en tant que parti progressiste, vis à vis des français et, plus globalement, avec d’autres, des européens.Pour cela, il faut gagner les élections et appliquer un programme capable d’établir la social démocratie du 21e siècle.En n’oubliant jamais la conséquence de nos défaites: pour les + fragiles d’entre nous, n’importe quel jour, même le pire, sous un gouvernement socialiste sera toujours préférable à n’importe quel jour, même le meilleur, sous un gouvernement conservateur.
Sébastien Poupon est délégué fédéral à l’Europe de la Fédération de la Nièvre
Les textes publiés sous l’identifiant “redacteurs” sont des contributions à la réflexion qui n’engagent que leurs auteurs, et non besoin de gauche dans son ensemble.
Mots clefs : "européennes 2009", parti socialiste, Sébastien Poupon












Participez à cette discussionPublier un commentaire