Le succès c’est d’aller de défaite en défaite sans perdre son enthousiasme disait Churchill, mais franchement, vous n’en avez pas marre d’être enthousiastes ?
Par Estelle Le
L’idée s’est imposée qu’il n’y a pas de rupture idéologique franche entre la droite et la gauche, bonnet blanc et blanc bonnet disait Jacques Duclos, ou dans sa version plus récente –et plus trash – tous pourris. Ce postulat déjà largement ancré dans les esprits se trouve validé par l’ouverture sarkozyste puisque finalement on constate que l’idéologie telle qu’on la dit sur les plateaux télé ne prémunit aucun zélateur contre le goût du pouvoir et des ors de la République.
La différenciation – et le marketing politique – se font alors sur la méthode qui divise le monde politicien en deux catégories distinctes et opposées : les volontaristes et les velléitaires. Les seconds sont bien entendu handicapés par leur incapacité à surmonter leurs contradictions (réelles ou supposées) et se trouvent de facto éliminés par leur immobilisme chronique (réel ou supposé mais rendu visible) de plus le manque d’alternative fédératrice condamne au sectarisme et à une approche monomaniaque. Quant aux volontaristes, malgré un positionnement idéologique largement critiqué, ils fédèrent, contre toute attente, puisque finalement ils forment un repère tangible dans un environnement social et économique anxiogène. L’étrangeté de la chose étant qu’ils ont largement contribué à promouvoir cet environnement mais prime est donnée à l’action, sans que l’on se questionne réellement sur les objectifs et leurs conséquences. (Ami lecteur, reconnais-tu ici ta droite de ta gauche ?)
L’arbitrage se fait sur une approche contradictoire de la masse électorale qui d’un côté aspire à la transgression du changement mais qui, de l’autre redoute les risques induits tout en refusant de renoncer à certaines valeurs progressistes. Au final, l’aversion au risque pousse une partie de l’électorat vers ce qui n’est peut être pas le bon choix, mais qui ne pourra pas être le mauvais choix : en 2007 le MoDem, en 2009, les Verts.
Là réside le malentendu fondamental. Le succès du MoDem n’est pas le fruit d’une idéologie centriste homogène mais c’est le succès d’une valeur refuge. L’électeur recherche ici une voie médiane censée collecter les aspects positifs sans exclusive et sans céder au côté obscur de la force. L’équilibre est en partie factice, la doctrine économique du MoDem étant clairement conservatrice, même si la recherche d’une certaine équité sociale n’est pas absente. La question de l’alliance avec le MoDem est sans doute celle des alliances avec les MoDem de droite et/ou de gauche.
A ce stade le MoDem doit sans doute être approché comme son homonyme électronique, c’est-à-dire comme un « périphérique » servant à communiquer avec des [électeurs sympathisants de gauche] distants.
Finissons par la tarte à la crème, il semble maintenant évident que le rassemblement de la gauche se fera autour d’un corpus idéologique rénové, identifié, reconnu et porté. Reste à le consolider et à le promouvoir autour d’hommes et de femmes qui, au-delà de leurs ambitions personnelles légitimes au demeurant, sauront démontrer qu’ils sont authentiquement soucieux de l’intérêt général. A défaut, il faudra continuer à être enthousiastes.
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Je ne crois pas au partage du monde politicien entre volontaristes et velléitaires.
La gauche comme volonté de ne pas supporter le sort fait aux plus humbles et la droite comme acceptation des choses avec l’idée que les riches doivent l’être pour que les autres aient au moins des miettes, ce partage est éternel et je ne vois pas ce qui peut le remettre en cause.
Si la mort du communisme et les «ennuis» du capitalisme autorégulé, devraient ouvrir un boulevard à la sociale démocratie progressiste, les révisions idéologiques douloureuses, repoussées de décennie en décennie, vont être nécessaires pour notre retour durable aux affaires
Pour illustrer mon propos, je cite trois dossiers qui me tiennent à cœur
Quand allons-nous admettre que le niveau de vie des travailleurs pauvres est une atteinte aux droits de l’homme ?
Quand allons-nous cesser de mentir sur l’Europe ? Que peut-il être entrepris à son échelle dans les 20 ans à venir ?
Quand allons-nous poser la question du rattrapage du retard pris depuis 1946 par «le droit à la participation et à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises» ? L’application de celui-ci est rendu possible par l’élévation du degré d’instruction des salariés.