Quel président pour l’Union Européenne ?

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Par Sébastien Poupon

Après bien des péripéties, il semble que la ratification définitive du traité de Lisbonne par les 27 ne soit plus qu’une question de semaines. La résistance désespérée du très europhobe président tchèque Vaclav Klaus ressemble à un pétard mouillé, un ultime baroud d’honneur de la part de ce populiste, admirateur de Margaret Thatcher. Les parlementaires tchèques, qui sont les représentants de la nation  toute entière, se sont prononcés depuis longtemps en faveur du traité et le président outrepasse ses droits, son attitude ne reflétant en rien la volonté du peuple tchèque. Lorsque la cour suprême de ce pays aura examiné l’ultime recours de quelques parlementaires, V. Klaus sera bien forcé de signer tant la pression, dans son pays et ailleurs, sera devenue énorme.

Nous ne pouvons que nous réjouir de ce dénouement qui représente au moins un bon point au cours d’une année qui s’est avérée être désastreuse pour les socialistes européens que nous sommes. Inutile de revenir sur notre défaite lors des élections européennes ainsi que sur le désastre du SPD en Allemagne, pays le plus peuplé de l’UE. Le traité de Lisbonne n’est pas parfait mais il présente de sérieuses améliorations aussi bien sur le plan institutionnel que dans la définition des objectifs de l’UE (qui évoquent entre autres la cohésion sociale et le développement durable). Il confère une valeur juridiquement contraignante à la Charte des droits fondamentaux de l’UE. Il étend considérablement le domaine de la PESD. Compte tenu d’un contexte favorable à la droite, il était difficile d’obtenir mieux.

Ne boudons pas notre joie car l’UE fonctionnera mieux avec Lisbonne mais n’oublions pas l’ampleur du chemin qui reste à parcourir. La première tache sera de désigner les titulaires des deux principaux postes créés par Lisbonne. Contrairement à ce qui est parfois affirmé, il semble que le plus important des deux ne soit pas forcement celui dont on parle le plus. Le poste de président du conseil européen va certes assurer une visibilité à l’UE mais celui de haut représentant de l’union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité renforcera le poids diplomatique de l’UE dans les questions  internationales. De surcroît, la création de cette nouvelle fonction permettra de regrouper en un seul poste les missions jusque là confiées à la fois au secrétaire général du conseil de l’UE ainsi qu’au commissaire aux affaires extérieures car force est de constater que cette division constitue l’un des facteurs empêchant la diplomatie européenne de véritablement émerger.

Parmi tous les noms qui ont circulé pour le premier poste, il est permis de penser que le meilleur choix serait sans doute l’ex président du gouvernement espagnol Felipe Gonzales. Symboliquement d’abord parce qu’il était élu à la tête du PSOE alors que ce dernier était encore un parti clandestin avec des dirigeants exilés en France. Ce n’est pas seulement l’histoire de l’Espagne mais celle de bien des pays d’Europe qui connaissent le prix de la liberté après avoir vécu des décennies de dictatures. Et quand bien même cela semble acquis de nos jours, il n’est jamais inutile de rappeler que le premier commandement de l’UE, c’est l’amour pour la démocratie. L’histoire de Gonzales, c’est aussi celle de  Vaclav Havel et on a envie de dire tout simplement : c’est celle de toute l’Europe. Au niveau de l’expérience ensuite : 14 années à la tête du gouvernement espagnol, puis par la suite, il a été en charge de différentes missions au niveau européen. Enfin, c’est l’un des rares hommes de gauche (avec Tony Blair) à avoir sa chance même avec une Europe dominée par la droite car il est très respecté y compris au delà de sa propre famille politique (le conservateur britannique Patten a récemment fait l’éloge de son éventuelle candidature).

Malgré les réticences connues d’un bon nombre de nos camarades, n’écartons pas de façon catégorique l’hypothèse Tony Blair et ne tombons pas dans le manichéisme. Certains, en leur temps, ont cru bon d’encenser Tony Blair ; beaucoup d’autres l’ont, au contraire, diabolisé, mais peu ont eu la sagesse de voir en lui un homme d’état marquant avec ses réussites et ses échecs, ses ombres et ses lumières. Il y a des objections nombreuses à la candidature de Tony Blair, d’abord parce qu’il est issu d’un pays qui n’est pas dans l’euro ou qui, par ses opt out, ne respecte pas toutes les dispositions communautaires. Mais également parce qu’il a une approche trop dérégulatrice de l’Europe ou encore parce qu’il est excessivement atlantiste. En revanche, nul ne peut nier qu’il y’a également des arguments en sa faveur : il est plus europhile que ne l’est son pays et la présence éventuelle de T. Blair à la tête du conseil européen pourrait représenter le meilleur antidote à l’europhobie britannique en cas de victoire des tories en 2010. De plus, il est une personnalité facilement identifiable et donc capable de donner d’emblée du prestige à la fonction. Il est charismatique, expérimenté et bon communicant. Enfin, comme Gonzales, il est l’un des seuls hommes de gauche à pouvoir l’emporter malgré une majorité conservatrice en Europe.

Parmi les autres candidats potentiels cités, tous de droite, Jean Claude Juncker serait sans doute le seul compromis acceptable. Dominique Strauss-Kahn aurait ainsi affirmé que Juncker était le plus social démocrate des chrétiens démocrates. On ignore s’il dirait encore la même chose aujourd’hui depuis les sorties somme toute assez pitoyables du premier ministre luxembourgeois à propos des paradis fiscaux mais il n’en demeure pas moins que Juncker est un europhile convaincu et un adversaire déclaré de JM. Barroso ce qui représente plutôt un bon point. D’autres personnalités citées, telles que Carl Bindt, Bertie Ahern ou à fortiori José Maria Aznar seraient tous, pour des raisons diverses, de mauvais candidats.

Cela dit, il est possible que d’autres candidats puissent émerger d’ici là avec, pourquoi pas, des personnalités de gauche. Depuis quelques jours, on évoque notamment le nom de l’ancien premier ministre finlandais Paavo Lipponen. Notons que la Finlande est le seul pays nordique membre de l’euroland et que Lipponen a, en son temps, dirigé une grande coalition. Malheureusement, son implication dans un scandale de conflits d’intérêts impliquant un groupe de gaz russe, Nord Stream, pourrait lui nuire en cas de candidature.

Le second poste semble moins prisé même s’il est, sans doute, le plus important. On rapporte les noms de Franck Walter Steinmeier, Carl Bindt ou encore Chris Patten. Hubert Védrine pourrait avoir le profil idéal : il est incontestablement l’un des diplomates les plus chevronnés et n’a absolument rien à envier aux noms qui ont déjà été cités pour être pressentis à ce poste. On peut également citer l’actuel titulaire du Foreign Office, David Miliband, qui a délivré récemment l’un des plus enthousiasmants plaidoyers pro UE que l’on ai entendu dans l’histoire du Royaume Uni.

Les textes publiés sous l’identifiant “redacteurs” sont des contributions à la réflexion qui n’engagent que leurs auteurs, et non besoin de gauche dans son ensemble.

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Vos commentairesEt vous, qu'en pensez-vous ?

2 Réponses à “Quel président pour l’Union Européenne ?”

  1. Vote -1 Vote +1

    alex / 12 novembre / 10:32

    D’accord avec vous pour F. Gonzales, qui serait un président idéal.
    Mais pourquoi ne pas parler des candidats qui tiennent la corde en ce moment (Van Rompuy, Balkenende, hélas pour ce dernier) et D’Alema pour le poste de Haut représentant ?

  2. Vote -1 Vote +1

    Seb / 17 novembre / 1:53

    “Mais pourquoi ne pas parler des candidats qui tiennent la corde en ce moment (Van Rompuy, Balkenende, hélas pour ce dernier) et D’Alema pour le poste de Haut représentant ?”

    Tout simplement parce qu’au moment où j’ai écrit cet article, aucun de ces noms n’étaient cités (hormis celui de Balkenende mais fin octobre, il n’etait encore qu’un simple outsider).

    L’actualité evolue extremement vite sur cette question puisque meme l’hypothèse Van Rompuy, qui semblait en pole position lorsque vous avez écrit ce commentaire, commence dejà à avoir du plomb dans l’aile. Et qu’à nouveau ce serait Juncker le favori.

    Pour ce qui est de Massimo D’Alema, j’ai cru comprendre que certains pays de l’est seraient mal à l’aise avec sa candidature compte tenu de son passé communiste. Cette réaction me parait etre totalement disproportionnée compte tenu du fait que D’Alema s’est affranchi depuis longtemps du communisme et que de toute façon, le parti communiste italien a été le premier à condamner Moscou. Si l’on considère l’age de D’Alema, on se rend vite compte que lorsqu’il a exercé des responsabilités au PCI, ce dernier avait dejà rompu avec l’URSS.

    Donc cela reste très peu probable pour D’Alema à cause de ce veto venu de l’est. Exit Miliband egalement à priori puisque le britannique semble songer dejà à une eventuelle candidature au poste de leader du Labour après la probable défaite des travaillistes aux elections de juin 2010. Personnellement, je trouve ce calcul assez frileux: soit Miliband pense qu’il peut apporter une plue value à son parti et alors il doit se proposer pour remplaçer Gordon Brown dès maintenant, soit il estime que sa place est à Bruxelles (c’est vrai que les arguments pour avoir un britannique, de sucroit l’un des + europhiles, à la tete de la diplomatie de l’union ne manquent pas dans le sens où cela generait la marge de manoeuvre des tories). Je trouve un poil petit bras de fixer ses projets en fonction d’une possible défaite.

    Donc à l’heure actuelle, difficile de dire qui aura les deux postes. Ce qui semble + que probable en revanche, c’est la repartition entre PPE et PSE: nous devrions donc avoir celui de haut représentant. Mais avec qui? Vedrine déclare ne pas etre interessé, Miliband parait avoir renoncé et D’Alema est loin de faire l’unanimité. Et pourtant, ce sont tous les trois des pointures.

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