Réflexion sur le leadership

Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Netvibes
  • Twitter
  • Wikio FR
  • RSS

Par Pierre Moscovici

J’ai parlé, pour terminer 2009, du pays de Montbéliard, de la crise, de la politique nationale. Pour commencer 2010, je voudrais vous faire partager les réflexions sur le « leadership », que j’ai été amené à faire, à partir de mon expérience, devant les « jeunes leaders politiques » de l’Institut Aspen France, le 14 décembre dernier : cela vous dira, en creux, ce que j’envisage pour les années qui viennent. Pour illustrer mon propos, j’ai choisi une présentation à la fois thématique et chronologique, en quatre temps.

Comment, d’abord, se forment les convictions ? C’est sans doute, en premier lieu, l’ancrage familial qui joue un rôle déterminant. Pour ce qui me concerne, il est puissamment marqué à gauche. Ma mère, jadis proche du Parti communiste, a milité contre la guerre d’Algérie, et signé l’appel des 121. Mon père, venu en France pour fuir le totalitarisme roumain et y trouver une espérance, est un des fondateurs des Verts. Tout cela, on le comprend, ne me menait pas à droite… Sans doute y a t-il eu, aussi, un effet de génération. Je suis venu à la conscience politique au début des années 70, je me suis engagé dans les mouvements lycéens puis étudiants, avec l’envie farouche de changer le cours des choses, d’en finir avec cet interminable règne de la droite, qui dura 23 ans, de 1958 à 1981, alors représenté par le giscardisme. La décomposition de la gauche institutionnelle s’achevait, le Parti socialiste renaissait, mais j’étais plus attiré par l’esprit de mai 68. Ajoutez-y un tempérament personnel marqué par la révolte contre l’injustice, le peu de goût pour les structures lourdes et hiérarchisées, la résistance à l’autorité, sans doute également une forme d’individualisme. Tout cela explique que j’ai été, tout au long de cette décennie, proche de la LCR – plus fun et libertaire alors que le NPA d’aujourd’hui, très présente dans les combats de l’heure – sans toutefois jamais y adhérer.

Pierre Moscovici

Pierre Moscovici

Vient ensuite le temps de l’engagement au Parti socialiste. Là encore, il n’est pas dû au hasard. En 1981, j’ai 23 ans, et malgré mes réticences par rapport à la personnalité de François Mitterrand, malgré ma sympathie pour l’extrême gauche, je vote pour lui aux deux tours de la présidentielle, et je partage la joie du 10 mai – celle de l’alternance, enfin ! Parallèlement, j’entre, sans l’avoir prémédité, à l’ENA, je passe une année de stage à Montpellier où j’apprends le réel et – un peu – la politique. Ma psychologie évolue, je ne souhaite plus être un spectateur engagé – moins encore enragé – j’aspire à devenir un acteur qui réfléchit. Et puis, il y a le hasard des rencontres. Et pour ma part les fidélités. Rencontre de Dominique Strauss-Kahn, mon professeur, mon ami, qui m’attire au groupe des experts du Parti socialiste en 1984, après mon entrée à la Cour des comptes, de Claude Allègre – eh oui ! – qui m’en confie la responsabilité en 1986, de Lionel Jospin, qui achève ma formation et m’appelle à son cabinet de ministre de l’éducation nationale. De DSK, je garde le goût de la pédagogie, des concepts, l’orientation réaliste, sociale-démocrate. De Lionel Jospin, j’admire l’art politique, j’apprends le rôle des partis, auxquels j’étais rétif, le sens des rapports de force, que j’ignorais, la constance et la volonté de rassembler. Je ne les ai jamais quittés, par la pensée et par l’amitié.

Troisième phase : l’apprentissage de la politique et la constitution des « cercles » d’influence. Au fil des ans, j’ai appréhendé la vie politique à travers cinq prismes, complémentaires. Je suis d’abord, paradoxalement, devenu un responsable de parti, par la volonté de Lionel Jospin, qui a fait de moi le plus jeune secrétaire national du Parti socialiste, en 1990, après le Congrès de Rennes – je remplace alors DSK. J’apprends à quel point ces formations sont critiquables, mais indispensables. Je rencontre les militants, j’apprends la parole publique – difficile, pour un grand timide, qui se soigne ainsi. Mon tempérament se forme : loyal et libre, je l’ai toujours été, je le suis encore, avec la volonté de lutter contre les ravages de l’égotisme, de mener un travail collectif, sans toutefois accepter la loi de la bureaucratie. La politique locale, ensuite, s’impose à moi. La conquête du pays de Montbéliard fut lente, laborieuse, heurtée. Elle m’a tout appris : les défaites qu’il faut surmonter, les victoires qui ne doivent pas griser, et surtout, une réalité sociale différente, celle de l’industrie, du monde ouvrier, d’autres cadres et modes de vie, que le « juif roumain né à Paris par hasard » que j’étais ne connaissait pas. Elle exacerbe mon goût de la justice sociale. Maintenant achevée – provisoirement, rien n’est acquis en politique, je le sais – elle est ma fierté et me passionne. Troisième cercle, le gouvernement. Elu député en 1997, après trois ans passés au Parlement européen, j’ai eu la chance, que dis-je le privilège, de devenir ministre des affaires européennes, à moins de 40 ans. C’est avec fierté, là encore, que j’ai appartenu pendant 5 ans à la « dream team » de Lionel Jospin, et participé aux décisions collectives de ce gouvernement qui, arrivé aux responsabilités par surprise, à la faveur d’une dissolution hasardeuse, a réussi de grandes réformes. J’ai aussi, au coeur de la cohabitation, acquis une forte expérience européenne. Aujourd’hui encore, plus que jamais même, dans un temps de crise, je reste persuadé que l’Europe n’est pas un problème, mais une solution – à condition bien sûr qu’elle se transforme – que beaucoup passe par là, qu’elle est, pour la France, un multiplicateur d’influence et non une contrainte.

J’y ai compris une réalité trop négligée, y compris au Parti socialiste : l’Europe se construit à 27. Elle est nécessairement un compromis entre des traditions nationales et des convictions politiques différentes. Il est vain de rêver d’une Europe à la Française ou d’une Europe socialiste, il n’est pas logique de craindre une Europe allemande, britannique, ou libérale, du moins dans l’absolu, hors des rapports de force politiques : la construction européenne est un combat, dont l’enjeu est de parvenir au meilleur équilibre possible. La gauche de demain sera européenne, ou ne sera pas. J’ai aimé être ministre, je n’en conserve pas la nostalgie – mon tempérament, qui regarde toujours devant, y est allergique. Mais je sais que, malgré l’affaiblissement indéniable du rôle de l’Etat, la conquête du pouvoir national est indispensable à une ambition forte de transformation économique, écologique, sociale. C’est pour cela que la victoire, en 2012, est impérative pour une gauche qui a perdu les trois dernières confrontations.

La presse et les médias sont un autre cercle d’influence, bien évidemment décisif. Comme tout politique, je n’ai pas des rapports évidents avec eux, même si avec le temps je crois être devenu capable de prestations honorables. Leur fréquentation, longue et assez assidue, m’a appris qu’il fallait respecter les journalistes, en évitant la connivence, et s’imposer par le contenu, se rendre nécessaire par la force de ce qu’on dit. Il faut aussi prendre garde à l’overdose – tentation difficile à conjurer : quand je commence à entendre dire à Montbéliard que « je ne fais que ça », je me méfie et je ralentis. En même temps, à l’heure de l’omniprésidence de Nicolas Sarkozy, je suis convaincu que l’opposition doit être très présente. Bref, il faut figurer dans les médias, s’y faire entendre, s’en distancier à l’occasion, y jouer un rôle sans se trahir. C’est ce que je m’efforce de faire, en prêtant une attention toute particulière à la PQR (Presse quotidienne régionale), conscient du rôle prépondérant de la télévision et avec une prédilection marquée pour la radio. Je suis enfin persuadé qu’internet devient de plus en plus important. C’est pourquoi, convaincu que cet outil sera décisif dans les campagnes de 2012, je m’y implique avec force. Dernier cercle, nécessaire à mes yeux : l’enseignement et l’écriture. Je n’y ai jamais renoncé, je n’y renoncerai jamais, c’est pour moi une respiration indispensable, une façon unique de poser ses idées. J’aime enseigner, transmettre, j’ai besoin de penser la politique, à travers des livres, des cours, des conférences, en France et à l’étranger. Malgré moi, parfois, je reste, à certains égards, un intellectuel en politique.

Logo du Parti Socialiste français

Logo du Parti Socialiste français

Dernier temps : la marche vers le leadership. J’ai la conviction, sans savoir tout à fait jusqu’où cela me mènera, de m’en approcher. Cette certitude n’est pas née en un jour. Je veux insister, à cet égard, sur le rôle formateur des défaites. Point trop n’en faut, bien sûr, il n’est pas nécessaire pour réussir d’être couturé de blessures, mais qui ignore l’épreuve reste un homme politique incomplet. Pour moi, c’est après la défaite terrible de Lionel Jospin, le 21 avril 2002, après la mienne aux législatives, de quelques voix, que je suis passé de la politique héritée à la politique conquise. J’ai été saisi par la « tentation de Venise », dont parlait Alain Juppé – l’envie de m’éloigner, pour un temps au moins, de la politique active, de devenir avocat ou ambassadeur. Mais j’étais trop « mordu », j’ai préparé méticuleusement mon retour, ai mené la liste européenne dans le « Grand Est » en 2004, suis devenu ensuite Vice-Président du Parlement européen – fonction qui m’a passionné. Puis, en 2007, aidé par mon suppléant Martial Bourquin, devenu depuis Sénateur, je suis revenu à l’Assemblée nationale, alors que Nicolas Sarkozy avait recueilli près de 54 % des voix dans ma circonscription. De tout cela, j’ai tiré une leçon : il faut apprendre la défaveur, et changer pour regagner la confiance. Le temps qui passe joue aussi, il aide à l’émancipation. Il y a, en politique, des « générations », il y a sans doute un âge, en tout cas un moment, pour le leadership. En 2007, j’ai eu cinquante ans, Lionel Jospin s’était retiré de la vie politique, DSK était parti à Washington, l’heure de voler de mes propres ailes était arrivée. La conquête, enfin, de la Communauté d’agglomération du pays de Montbéliard, après 20 ans d’exécutif de droite, a achevé de m’en convaincre.

Encore faut-il, pour viser plus haut, et dire à quoi en peut prétendre, procéder à une auto-évaluation rigoureuse – sans aller jusqu’à l’auto-analyse dont parlait Sigmund Freud. Le leadership, c’est en définitive la rencontre d’une situation, d’une volonté, d’une capacité. C’est ce qui m’a conduit à poser ma candidature au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Je suis persuadé que je l’aurais été, si certains principes éthiques avaient été respectés au sein du courant auquel j’appartenais, et reste, immodestement mais sans regret, convaincu que j’avais un bon profil pour cela. Maintenant, je me dirige vers les primaires. Il est plus que probable que j’y sois candidat, pour faire entendre la voix de l’expérience et du renouveau – je ne suis ni blanchi sous le harnais, ni usé, ni dépourvu de bagages – et celle de la cohérence réformiste. Somme toute – ancien ministre, ancien parlementaire européen, député, président d’une agglomération en crise, au coeur d’un territoire industriel, bref bon connaisseur des affaires nationales et européennes, internationales et locales, responsable expérimenté au sein de mon parti – je ne suis pas le plus mal loti, je me sens préparé aux responsabilités, j’ai envie de les exercer. Les autres prétendant(e)s au Parti socialiste ne m’impressionnent pas.

J’ai mûri ma réflexion, et arrêté mon attitude. Je l’ai dit et le répète, si une solution de rassemblement s’impose, je n’y ferai pas obstacle, je l’appuierai même. Convenons que ce n’est pas le cas aujourd’hui, j’ai l’intuition que cela ne sera pas forcément le cas demain. Sinon, oui, je serai candidat aux primaires, et pas pour y faire de la figuration. Voilà où j’en suis. Il faut, pour aller plus loin, plus haut, achever ma mue psychologique : c’est le cinquième temps, celui qui vient, pas le plus simple forcément pour un homme qui ne se sentait pas prédestiné au pouvoir. Mais je suis décidé, et en route.

Source : http://moscovici.typepad.fr/blognational

Mots clefs : , , ,

Vos commentairesEt vous, qu'en pensez-vous ?

4 Réponses à “Réflexion sur le leadership”

  1. +1 Vote -1 Vote +1

    Jean-Pierre Darmon / 11 janvier / 13:10

    ce genre d’autocélébration donne la nausée

  2. Vote -1 Vote +1

    Beaumel Nadia / 11 janvier / 13:12

    Il était temps d’écrire cela et d’annoncer ta candidature aux Primaires..!
    Tu peux compter sur mon soutien,

    Amitiés Socialistes,

    Nadia Beaumel, Fédération du 77

  3. Vote -1 Vote +1

    Patrick Pernin / 11 janvier / 16:33

    Merci d’écrire cela, ce n’est pas à mon sens de l’autocélèbration, mais surtout ce que beaucoup de militants de terrain, qui ont eu la chance de te rencontrer, avaient envie enfin d’entendre.
    Nous nous étions rencontré lors des européennes à Blois, conquis alors par ton engagement qui changeait contrairement à ce que je constatais par ailleurs.
    en continuant de la sorte, je t’apporterai le soutien que je suciterai.
    Patrick Pernin de Mont près Chambord dans le Loir et Cher,

  4. Vote -1 Vote +1

    Tim / 17 janvier / 22:44

    L’ennui de ce texte, Pierre, c’est tout d’abord que le contenu ne correspond pas au titre ! Il ne s’agit pas d’une réflexion sur LE leadership, mais essentiellement d’un argumentaire pour convaincre de Ton possible leadership ! Un tel texte n’a rien d’illégitime en soit. Mais pourquoi ce titre inapproprié, qui provoque à la lecture un malaise du à une regrettable sensation de tromperie sur le contenu de l’article ?
    Par ailleurs, je reste toujours pour ma part très dubitatif sur l’intérêt de se consacrer dès à présent à la promotion de ta candidature, alors que la priorité (l’urgence) du moment me semble être que le PS se consacre enfin pleinement à l’indispensable travail de réflexion et de débat d’idées en vue de 2012. Peut-on à la fois prétendre conduire ce travail pour le parti, tout en se consacrant d’ores et déjà pleinement à la propre promotion de sa candidature et de son leadership ?
    Enfin, le véritable leadership n’est-il pas tout simplement celui dont on peut constater l’existence de fait (et que l’on peut bien sur ensuite analyser), et non celui que l’on aurait besoin de s’évertuer à démontrer, argumenter, justifier, pour tenter de lui donner une réelle portée ?

Participez à cette discussionPublier un commentaire