Pacte automobile an II ; l’euphorie des ventes cache une désindustrialisation inquiétante

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Par Martial Bourquin

Voila maintenant un an, le gouvernement réunissait des Etats généraux de l’Automobile et mettait en œuvre un pacte automobile. Ce plan faisait suite à une déclaration du chef de l’Etat qui s’était engagé fin 2008 à ce que « la France ne laisse pas tomber l’Industrie automobile. »

Dans les faits, l’Etat s’est en effet mobilisé au chevet de l’industrie automobile très fragilisée par la crise bancaire, la consommation défaillante.
Renault et Peugeot ont ainsi bénéficié de prêts de 3 milliards d’euros, Renault Trucks 250 millions d’euros. Les équipementiers automobiles à fort potentiel étaient éligibles au Fonds de modernisation des Equipementiers Automobiles à hauteur de 600 millions d’euros. Sur l’ensemble de l’année 2009, les ventes de véhicules ont augmenté de 11, 1% en 2009 et les deux principaux constructeurs français Renault (+14,9%) et PSA (13,3%) ont plutôt bien profité de cette hausse des immatriculations.
Si l’on s’en tient à ces faits, l’industrie automobile aurait bien été une priorité de l’Etat. Sachant que 10% de la population active dépend de ce secteur, nous devrions nous réjouir de ces résultats.

Photographie de pedrosimoes7

Photographie de pedrosimoes7

Malheureusement, la réalité de l’ensemble de la filière automobile est beaucoup plus contrastée. Les grandes messes baptisées Etats généraux de l’automobile ou de l’industrie n’ont pas été assez efficaces : la désindustrialisation de notre pays ne cesse de s’aggraver et nous devons nous en inquiéter.
Nous avons tout lieu de penser que le gouvernement n’a pas pris les bonnes mesures pour inverser durablement cette tendance. Le pacte automobile reposait sur le respect de contreparties qui n’ont pas été bien définies ou qui ont été très librement interprétées. L’embellie sur le front des ventes automobiles n’a en effet pas profité à toute la filière automobile : des petites entreprises, des emplois industriels, des territoires ont été sacrifiés.

Tout d’abord, les dispositions prises n’ont pas permis, loin s’en faut, d’aider efficacement les équipementiers et sous-traitants automobiles, ce qui menace sérieusement la totalité de la filière automobile. Nous continuons à recevoir le témoignage d’équipementiers et sous-traitants qui n’ont plus de commandes et licencient des centaines de salariés, ce qui provoque l’incompréhension des petits entrepreneurs, leurs salariés, des élus. Est-ce normal ?

Le fonds de modernisation des équipementiers automobiles n’a en particulier pas soutenu en aval l’ensemble de la filière automobile car il a, je le rappelle, pour mission d’investir uniquement dans un nombre limité et stratégique de projets industriels jugés rapidement rentables. Ce n’est donc pas une logique industrielle qui prévaut mais une logique de course à la rentabilité financière de court terme, logique justement responsable de la crise financière et bancaire qui nous a si gravement secoués.

Deuxièmement, il est difficile de prétendre défendre l’industrie automobile sans faire de la défense de l’emploi industriel ainsi que la formation et les conditions de travail des salariés une priorité. Or les hausses importantes des ventes de véhicules n’ont pas soutenu suffisamment l’emploi dans notre pays : le recours au chômage partiel a été très utilisé, des centaines d’intérimaires ont été remerciés, des sous-traitants ont fermé. Renault et Peugeot ont eu recours à des plans de départ volontaires massifs. L’augmentation significative des ventes de véhicules assortie de garanties sur 10 ans de débouchés liés à la voiture décarbonée aurait dû permettre de soutenir les commandes des équipementiers et sous-traitants français et maintenir leur activité. Ce n’est pas ce qui se passe.

Troisièmement, le pacte automobile reposait sur une idée forte : « la France n’abandonnera pas l’industrie automobile mais l’industrie automobile n’abandonnera pas la France ». En théorie, le gouvernement s’était donné pour objectif de favoriser la production industrielle dans notre pays.
Or concrètement, au terme de cette année, nous savons que les véhicules vendus en 2009 sont de petites voitures pour une grande part produites et ou assemblées à l’étranger et cette tendance n’est pas prêt de s’inverser. De plus, beaucoup de ventes constituent des déstockages et n’impliquent pas nécessairement une relance de la production et une mobilisation des outils industriels.

Dans ce contexte de baisse importante des commandes, des équipementiers et sous-traitants n’ont pas pu attendre et ont mis la clé sous la porte, fournissant un prétexte supplémentaire aux constructeurs pour se tourner ailleurs.
Les constructeurs et certains grands équipementiers se sont parfois drapés de l’excuse de la crise pour continuer à mener une politique qui fait le nid des délocalisations. Je pense par exemple au global sourcing qui fait des ravages et décime le tissu industriel français et européen.
Or le Pacte automobile devait justement promouvoir de nouvelles relations entre les constructeurs et les sous-traitants. Je crains que les pratiques en la matière aient trop peu changé et que la recherche effrénée de nouvelles marges ou de moindres coûts ne se fasse sur les cadavres d’une partie de la filière industrielle automobile.

Dans ce contexte, je m’inquiète fortement des conditions de mutation écologique de l’ensemble de l’industrie automobile qui s’opère actuellement. Cette révolution déterminante pour l’industrie automobile doit se faire avec le plus grand nombre d’acteurs économiques possibles. Avec quels équipementiers allons-nous produire des véhicules du futur si les équipementiers actuels disparaissent et si nous avons peu de moyens et si peu de temps pour faire éclore de nouvelles générations de sous-traitants ?

Il serait curieux que le véhicule décarboné en série soit produit et réalisé en majorité à des milliers de kilomètres, parfois au mépris de règles minimales sociales et environnementales.
Le problème n’est pas seulement de savoir si la France va arriver à vendre de nouvelles voitures à nos concitoyens et à en exporter. Le problème est de savoir si nous voulons que la France continue de produire et assembler ces véhicules et en particulier les véhicules plus économes en énergie. Cela implique que le gouvernement fasse de la recherche et du soutien aux sous-traitants et équipementiers automobiles une vraie priorité. Pour le moment, le gouvernement a tranché en mettant fin à la taxe professionnelle sans contreparties, sans définir a priori de nouveaux caps et cadres industriels.

Nous pouvons avoir les plus beaux scénarios de sortie des dispositifs de prime à la casse ou de bonus/malus dopant actuellement l’industrie automobile, il conviendrait d’avoir un metteur en scène à la hauteur des enjeux.

Source : http://www.martial-bourquin.com

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Vos commentairesEt vous, qu'en pensez-vous ?

Une Réponse à “Pacte automobile an II ; l’euphorie des ventes cache une désindustrialisation inquiétante”

  1. Vote -1 Vote +1

    jpb / 11 janvier / 16:38

    Il n’y a pas que la voiture :

    http://jeanpierre.becker.free.fr/monorail/index.html

    La crise amplifie le phénomène de robotisation dans l’industrie, et donc la perte d’emploi qui lui correspond.

    À la place de dix petits équipementiers, un gros qui investit dans des chaînes de production automatiques. C’est le progrès.

    Alors à part soutenir le salaire citoyen universel personnalisé, pas d’autre solution en vue pour le PS:

    http://moscovici.typepad.fr/blognational/2010/01/lionel-raconte-jospin-et-notre-histoire.html#comments

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