Protéger les services sociaux d’intérêt général

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Par Danièle Hoffman-Rispal

Le 21 janvier dernier, le groupe Socialiste, Radical, Citoyen et divers gauche, a défendu dans l’hémicycle une proposition de loi relative à la protection des missions d’intérêt général imparties aux services sociaux et à la transposition de la directive services. Ce texte, qui visait à exclure les services sociaux du champ d’application de la directive services, a été rejeté par le majorité UMP. Pour mieux comprendre les problématiques du secteur, je vous invite à consulter la vidéo de mon intervention ou à lire son compte-rendu.

http://www.dailymotion.com/videoxccpst
Madame la secrétaire d’État, monsieur le rapporteur, chers collègues, la transposition de la directive services pouvait sembler au premier abord bien difficile d’accès, mais l’excellent travail de décorticage réalisé par notre rapporteur démontre que, derrière la technicité des textes concernés, sont dissimulés des enjeux politiques qui méritent d’être débattus haut et fort sur la place publique.

Fervente partisane de l’intégration européenne, je m’étonne d’ailleurs que le Gouvernement ne saisisse pas cette occasion pour redorer le blason de l’Union. Vous avez en effet délibérément décidé d’écarter le Parlement de la transposition de la directive services, alors même que la discussion d’une loi-cadre à l’Assemblée aurait pu avoir un intérêt considérable pour nos concitoyens, dans la foulée de la présidence française et des élections européennes.

Cette voie que vous avez choisie, la voie du travail dans l’ombre et du morcellement en plusieurs projets de loi, présente bien des avantages, mais seulement pour l’exécutif.

Vous avez dit que si nous ne transposions pas selon votre méthode, nous serions sanctionnés. Or vingt-cinq pays de l’Union européenne ont une loi-cadre et aucun n’a été sanctionné: vingt-cinq sur vingt-sept! Pourquoi donc ne pouvions-nous pas faire comme nos voisins? Ils ont démontré que les représentations nationales avaient la légitimité de définir les possibilités d’exclusion du champ de cette directive. Non seulement elles ont cette légitimité mais les définir fait même partie de leurs prérogatives. Étant donné les méthodes qu’utilise le Gouvernement, il ne faut pas s’étonner de la défiance qui s’exprime parfois envers une prétendue opacité européenne.

Dans ce contexte, il faut le rappeler, de nombreux représentants du secteur social ont tenu à exprimer leur inquiétude et réclament depuis plusieurs mois davantage de transparence. Nous avons un débat, c’est déjà un début, mais la proposition de loi permettrait de répondre à leurs attentes, notamment en ce qui concerne le secteur de la petite enfance et, dans une certaine mesure, celui du médico-social.

En effet, la petite enfance relève de la solidarité nationale: la meilleure illustration en est son examen dans la branche famille du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Marie-Françoise Clergeau, rapporteure de la branche famille, a d’ailleurs clairement exprimé en commission son incompréhension et son inquiétude face à la non-reconnaissance du secteur de la petite enfance comme un service d’intérêt général. M. Fasquelle a, quant à lui, déclaré en commission que ce n’était pas un problème si un secteur se retrouvait dans le champ d’application de la directive services; il devrait donc être d’accord pour en conclure avec nous que ce n’est pas plus un problème d’en exclure un. À moins bien sûr qu’exposer un secteur comme la petite enfance à un nivellement par le bas de sa régulation ne constitue un moyen détourné pour le Gouvernement de créer 200000 places au rabais pour la petite enfance. Car le risque de privatisation et de déréglementation grandit encore avec cette directive si elle est mal transposée. Le parti socialiste plaide depuis longtemps pour un service public de la petite enfance et vous propose donc d’aider à parvenir à cet objectif en excluant ce secteur de la transposition.

En outre, madame la secrétaire d’État, vous qui êtes chargée de nous aider à régler ce problème, je tiens à vous dire que ce que je trouve surprenant dans cette affaire, c’est l’application du principe « deux poids, deux mesures »: les établissements médico-sociaux, notamment les établissements d’hébergement de personnes âgées dépendantes, sont exclus de l’application de la directive, mais les services d’aide à domicile qui optent pour le régime de l’agrément qualité – nous nous sommes battus ici même et souvent, depuis plusieurs années, pour qu’ils le fassent – restent dans le champ de la directive! Or nous savons, vous comme moi, ce qu’apportent en termes de qualité et d’activité ces associations. Un tel dispositif est donc pour moi incompréhensible. Quand on sait l’importance qu’accordent nos concitoyens à la possibilité de rester le plus longtemps possible à leur domicile, on ne peut que trouver la méthode contre-productive.

Mes collègues ont précisé leur position sur d’autres secteurs potentiellement concernés. Pour ma part, je souhaite terminer mon intervention en vous citant le programme d’un certain parti aux dernières élections européennes – j’ai de bonnes lectures: « Clarifier rapidement et de manière exhaustive pour la France le champ des services publics, notamment les services sociaux afin d’éviter que des règles de concurrence aveugles viennent sanctionner les intervenants de notre système social. » Ce programme, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues de la majorité, vous l’avez bien entendu reconnu… c’est le projet de la majorité présidentielle pour les européennes de 2009.

Je ne doute donc pas que les représentants de la majorité présidentielle mettront leurs actes en accord avec leurs paroles en votant cette proposition de loi. Ils seront ainsi en parfaite harmonie avec ce qu’ils ont défendu il n’y a que quelques semaines. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

Source : http://www.daniele-hoffman-rispal.fr/

CC photo : Neno°

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Vos commentairesEt vous, qu'en pensez-vous ?

Une Réponse à “Protéger les services sociaux d’intérêt général”

  1. Vote -1 Vote +1

    Michel Chauvière / 07 mars / 20:04

    LES SERVICES SOCIAUX NE SONT PAS DES SERVICES MARCHANDS
    En France, la transposition de la directive services aurait du faire l’objet d’une loi votée par le Parlement, il n’en sera rien, du moins pour l’instant. Certains pensent que les services sociaux sont désormais sécurisés au plan juridique, nous ne le croyons pas. D’aucuns prétendent qu’il est devenu impossible de changer le droit positif européen sur la question, inexact. Beaucoup disent qu’il est trop tard pour inverser la tendance, ce n’est vrai ni au niveau national ni au niveau communautaire.
    Au contraire, il est toujours possible et plus que jamais urgent d’affirmer que les services sociaux ne sont d’aucune manière des services marchands et que les marchands n’ont rien à y faire. Pour cela, il faut que ces principes soient juridiquement actés, tant dans le droit français qu’au niveau communautaire.
    C’est la raison de cette nouvelle pétition lancée par MP4. Nous sommes forts du succès de la première mobilisation. Comme le contexte européen vient de changer (traité de Lisbonne, renforcement du rôle du Parlement européen, renouvellement de la commission…), il faut maintenant aller plus loin.
    Signez la pétition et faites la signer autour de vous. Mobilisez vos parlementaires nationaux et vos députés européens sur ce sujet. C’est un devoir de citoyen autant que de professionnel du champ social.
    Nous restons à disposition autant que de besoin.
    Merci et solidairement.
    Pour le groupe SSIG MP4 Champ social : Joël Henry, Christine Garcette, Michel Chauvière, Julien Khayat. Pétition à signer sur le site de MP4.

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