Effondrement ?
Par Pierre Moscovici
La campagne pour les élections régionales – qui devait officiellement commencer hier – a été suspendue pour rendre hommage aux victimes de la tempête qui a ravagé la France ce week-end. Je pense évidemment, moi aussi, à ceux qui ont perdu la vie, à ceux dont l’habitation a été dévastée, aux pertes économiques. Il faudra répondre aux questions que chacun se pose : cette catastrophe était-elle inévitable ? pourquoi tant de morts ? La solidarité nationale et locale se déploie : je m’en réjouis, il est des moments où la politique doit suspendre ses combats, et unir les efforts de tous. Elle reprend néanmoins vite ses droits. A l’entrée de la dernière ligne droite, je veux faire un point d’étape sur les perspectives des élections régionales.
Les sondages – qu’il faut bien sûr prendre avec prudence, j’y reviendrai – sont unanimes, qu’ils concernent le corps électoral tout entier ou bien les régions prises une par une : c’est une défaite sans précédent de la droite qui s’annonce les 14 et 21 mars. Le rapport de force électoral, photographié aujourd’hui, est écrasant : le total des voix de gauche approche les 55 %, le Parti socialiste – sévèrement défait en juin 2009 aux européennes et alors condamné à mort par certains – devance l’UMP, pourtant renforcée depuis par de nouveaux alliés – outre le Nouveau centre, le MPF, les Chasseurs, les confettis de l’ouverture – qui plafonne à 28 %, la droite et l’extrême droite représentent moins de 40 % des intentions de vote, bref le « grand chelem » s’annonce en effet. Une telle configuration – qu’à vrai dire je trouve trop belle pour être tout à fait vraie – serait inédite sous la Vème République. Elle peut être corrigée à la marge, elle variera sans doute peu. Quelle est l’explication de cette donne spectaculaire ? Il y a, d’abord, la bonne tenue des exécutifs régionaux, le crédit qu’ils donnent au Parti socialiste. Les réalisations locales – en matière de gratuité des manuels scolaires ou de rénovation des lycées, de transports collectifs, de formation professionnelle et d’emploi, de soutien au développement universitaire… – sont suffisamment probantes pour ôter toute crédibilité aux attaques de la droite sur la hausse des impôts locaux – rappelons que le prélèvement régional représente 2 % des recettes fiscales contre 80 % pour l’Etat – et renvoie l’UMP au néant dans ses propositions pour les régions. Le Parti socialiste, au plan national, va également mieux. Certes, il n’a résolu aucune de ses crises – les alliances, le projet, le leadership. Mais la déroute du Modem, rendu impuissant par la stratégie égotiste de François Bayrou, lui tire une épine du pied, et la campagne des socialistes, malgré quelques péripéties ou dérapages, a été unitaire. Nous ne sommes pas encore pleinement convaincants, les idées nouvelles ou les équipes entraînantes et cohérentes manquent encore, mais nous sommes redevenus fréquentables – mieux, audibles. Ne nous voilons toutefois pas la face : la vague politique de grande ampleur qui s’annonce est, avant tout, l’effondrement de la droite et le rejet du sarkozysme. Je ne reviendrai pas, aujourd’hui sur les échecs de Nicolas Sarkozy. Il est tout simplement clair désormais que ce Président, qui a déçu et trahi les promesses de sa campagne électorale, irrite et n’incarne pas, qu’il n’est plus cru ni suivi : une majorité de Français aspire, c’est l’évidence, à l’alternance et au changement.
Cet effondrement de la droite, s’il devait advenir, ne serait évidemment pas sans conséquences. Celles-ci concerneraient aussi bien la gauche que la droite. Le Parti socialiste, autour des exécutifs régionaux, y puiserait une légitimité nouvelle pour s’opposer à la politique du pouvoir, aux mauvais coups qui se préparent pour les finances publiques ou les retraites, aux « réformes » des collectivités locales qui ont heurté tous les élus, de toutes les sensibilités. Il serait aussi placé devant ses responsabilités. Notre double rénovation – idéologique et politique – deviendrait un impératif, les deux conventions nationales du 29 mai et de début juillet, consacrées à notre projet et à notre organisation, deviendraient plus lourdes de sens encore : c’est rien moins que les conditions d’une alternative, de la redéfinition d’une vraie force de proposition, de gouvernement, qui s’y jouerait. Bien sûr, les spéculations sur le « casting » de 2012 démarreront aussitôt, c’est naturel. Il faudra les maîtriser, et aborder sereinement les primaires, avec une seule préoccupation en tête : bien préparer la victoire de la gauche en 2012, pour bien diriger un pays traumatisé par 5 ans de crise et d’expérimentations hasardeuses. Soyons conscients de tout cela : la plus belle donne électorale – peut-être – de l’histoire de la gauche ne peut être gâchée par notre impéritie.

Les conséquences seront sans doute plus lourdes encore à droite. Le Président de la République serait atteint de plein fouet. Il ne pourrait traiter une déroute de son camp comme une simple péripétie lors d’élections locales sans enjeu. Il a voulu transformer les régionales en référendum sur son action et sa personne :il est en train de le perdre. Rien ne sortira intact d’une lourde défaite de la droite : ni un gouvernement affaibli par une pratique du pouvoir qui le néglige, ni la stratégie de premier tour, autour d’une UMP qui montre ses limites, ni l’aura présidentielle. Nicolas Sarkozy, il y a encore six mois, paraissait presque assuré de sa réélection – j’ai été le premier, dans « Mission impossible ? », à en douter – il sera demain confronté aux prévisions de sa défaite annoncée, avec une majorité parlementaire effrayée par la perspective de législatives tragiques. Il sera dans l’obligation de beaucoup changer, face à une opinion sceptique et sans ressources politiques évidentes. Attention : il n’est dénué ni de talent, ni de capacités de rebond, l’électorat montre élection après élection sa formidable volatilité, 2012 ne sera pas joué en 2010. Mais son équation sera très, très compliquée. Nous en reparlerons.
Il y a toutefois un très sérieux bémol à apporter à ces analyses : les sondages disent-ils vrai ? Je ne suis pas de psychologie complotiste, je ne crois pas à l’intentionnalité de mauvais sondages pour réveiller l’électorat de droite. Mais, tout de même, avouons que la mariée est presque trop belle. Le recul de la droite, partant d’un niveau initial déjà très bas, est spectaculaire, sa démobilisation – car elle ne disparaît pas, mais s’évapore – est impressionnante. Un ressaisissement de sa part, de trois ou quatre points, changerait fortement la donne, dans plusieurs régions. Ne baissons donc pas la garde. En démocratie, le seul sondage qui vaille est l’élection, et la clé des 14 et 21 mars réside dans la réponse à la question : qui ira effectivement voter ? Le risque est pour nous clairement identifié : une abstention plus forte que prévu de notre électorat, une remobilisation de celui de l’UMP rendraient caduques les enquêtes d’opinion et obsolètes les réflexions optimistes pour l’avenir. C’est aussi la preuve que nous ne pourrons, quoi qu’il arrive, tirer des leçons trop définitives du résultat des élections régionales. La vraie campagne, en fait, commence maintenant : les électeurs, on le sait, fixent leur choix de plus en plus tard. Il reste deux semaines pour conforter la victoire qu’on nous promet, et dont le pays et nos territoires, j’en ai la conviction, ont besoin.
Source : http://moscovici.typepad.fr/blognational/
Mots clefs : élections, Pierre Moscovici, régionales









Bonjour Pierre
Je suis tout à fait d’accord avec l’analyse que tu fais. J’ajoute, constat dans ma région le centre, que les média de droite ou sous perfusion financière du gouvernement, ont des sondages très favorables pour François Bonneau. Il y a peu de temps encore la raillerie d’annoncer qu’il était le Président de région le moins connu. Nous devons remercier les médias car maintenant il fait parti des noms connus, grâce aussi a son énorme travail de campagne basé sur un bon bilan et axé sur des propositions concrètes. Ses têtes de liste et en particulier Karine Gloanec Maurin s’investissent sans compter.
J’arrive au même doute sur les sondages car l’opposition rencontrée sur le terrain n’est pas très forte. Doit-on s’attendre à un grand coup, c’est possible.
Patrick Mont près Chambord
La 5eme république a connu des présidents diamentaires,fainéants, de gauche…
Aujourd hui elle a un president souverain menteur
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