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	<title>Besoin de gauche &#187; europe</title>
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	<description>Nouvelles idées, nouvelles politiques</description>
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		<title>7e marche des parapluies : défendre un droit d’asile en danger</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jun 2010 21:22:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>b2g</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Sylvie Guillaume
Il fallait non seulement des parapluies mais des manteaux pour la marche de 2010 en ce dimanche matin ! Mais l’essentiel était que nous soyions nombreux à défiler pour témoigner de notre attachement à la protection des réfugiés et de notre soutien aux associations qui les accompagnent, au premier chef d’entre elles Forum [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Par Sylvie Guillaume</p>
<p style="text-align: justify">Il fallait non seulement des parapluies mais des manteaux pour la marche de 2010 en ce dimanche matin ! Mais l’essentiel était que nous soyions nombreux à défiler pour témoigner de notre attachement à la protection des réfugiés et de notre soutien aux associations qui les accompagnent, au premier chef d’entre elles Forum réfugiés.</p>
<p style="text-align: justify"><img class="alignleft" src="http://farm2.static.flickr.com/1003/821440611_e5179f531e_m.jpg" alt="" width="240" height="180" />A un journaliste qui m’interrogeait pour savoir si le droit d’asile était en danger, j’ai dû répondre qu’effectivement le principe selon lequel les personnes persécutées dans leur pays d’origine doivent pouvoir bénéficier de protection souffre en ce moment. 60 millions de personnes dans le monde sont exilées et parmi elles environ 11 millions de personnes sont en demande d’asile. Au Pakistan, les réfugiés Afghans s’entassent ; en Lybie -qui vient de fermer le bureau du Haut Commissariat aux Réfugiés- les pays européens -en premier lieu l’Italie- renvoient tous ceux qui sont récupérés en mer ; les conflits ethniques entre l’Ouzbekistan et le Kirghizistan viennent de jeter plusieurs centaines de milliers de personnes sur les routes de l’exil.</p>
<p style="text-align: justify">En 2009, dans l’Europe entière, il y a eu 261 000 demandes d’asile ; un nombre minime si on le compare à d’autres pays « en tension » dans lesquels des milliers et parfois des dizaines de milliers de personnes sont réfugiées. On est donc loin d’une Europe « assiégée » (NB : j’aime bien aussi le mot obsidional -qui me semble bien refléter ce que je veux dire-) telle que voudraient la décrire certains ministres et chefs de gouvernement européens. Les mêmes qui déclarent leur pays comme « terre d’asile par excellence » mais cherchent par tous moyens à en réfréner l’usage.</p>
<p style="text-align: justify">Je suis immergée dans les directives européennes du « paquet asile » et tout particulièrement dans celle qui concerne les procédures. Et je mesure combien l’objectif d’harmonisation des conditions d’accueil et de procédures se heurte à une volonté de fermeture. Mais je suis entêtée et je me battrai pour aboutir, car je considère comme un principe intangible de ne pas livrer les personnes en danger aux passeurs et à la « loterie » de l’asile parce que chaque Etat membre fait à peu près ce qu’il souhaite pour contourner ses devoirs.Certains brandissent les fausses demandes d’asile qui camouflent les vraies ; j’y oppose que plus l’Europe et donc les Etats membres respecteront les règles communes plus ils seront au coeur de leur mission de protection, sans « détournement » possible.</p>
<p style="text-align: justify">L’argent étant -souvent- le nerf de la « guerre », sur fond de crise économique, il m’est parfois renvoyé que le traitement de la demande d’asile et l’accueil des personnes coûtent cher. Mon sentiment, conforté par des études européennes récentes, est que c’est plutôt le mauvais accueil, les procédures mal utilisées, la politique du chiffre qui coûtent cher. Et puis, petit « coup de pied de l’âne » final : si tous les Etats membres utilisaient -et parfois même sollicitaient !- et diffusaient correctement les fonds européens destinés à la demande d’asile, on en serait pas à voir des associations menacées dans leur activité parce qu’elles attendent encore le versement de subventions 2006 !</p>
<p style="text-align: justify">Bref, pour en revenir à la marche de ce dimanche, je pense qu’il était nécessaire d’être présents pour soutenir ceux qui ont besoin de solidarité et de fraternité.</p>
<p style="text-align: justify">Source : <a href="http://www.sylvieguillaume.eu">http://www.sylvieguillaume.eu</a></p>
<p style="text-align: justify">CC photo : Tourcanradio</p>
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		<title>Regards sur l&#8217;Europe</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jun 2010 19:55:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>b2g</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Pierre Moscovici
Je reviens aujourd’hui sur une question que  j’ai un peu négligée ici ces derniers temps : l’Europe. En vérité, j’en  ai beaucoup parlé, à travers le prisme de la crise grecque et de la  bourrasque sur l’euro. A cet égard, je fais mienne, intégralement, l’analyse de Jacques Delors dans « le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Pierre Moscovici</p>
<p><strong>Je reviens aujourd’hui sur une question que  j’ai un peu négligée ici ces derniers temps : l’Europe. En vérité, j’en  ai beaucoup parlé, à travers le prisme de la crise grecque et de la  bourrasque sur l’euro.</strong> A cet égard, je fais mienne, intégralement, <a href="http://www.lefigaro.fr/politique/2010/06/15/01002-20100615ARTFIG00681-delors-l-europe-attend-les-architectes.php" target="_blank">l’analyse de Jacques Delors dans « le Figaro » de  mercredi dernier</a>, toujours lumineuse de clarté : « après le temps  des pompiers, vient celui des architectes ». Comme lui, j’en appelle à  une meilleure coordination des politiques économiques, comme lui je  déplore le triomphe de l’intergouvernementalisme et l’effacement de la  méthode communautaire, je m’inquiète de la mésentente franco-allemande,  comme lui j’attends une nouvelle étape de l’Europe politique. Mais pour  que celle-ci avance il faut aussi, et ce sera ma réflexion  d’aujourd’hui, que le nationalisme et le populisme reculent, que les  idées progressistes s’imposent.</p>
<p><strong>Force est de constater que c’est plutôt l’inverse qui se  produit, et c’est un paradoxe de la période. </strong>Alors que le  capitalisme est en déroute, que l’ultra-libéralisme échoue, que la  mondialisation sans entraves montre ses limites, alors que les  déséquilibres économiques, financiers, sociaux montrent la nécessité  d’une régulation forte, d’un retour de la puissance publique à l’échelle  nationale, certes, mais aussi européenne et mondiale, bref alors que  l’air du temps est plutôt social-démocrate, les conservateurs et les  nationalistes progressent partout en Europe.</p>
<p><strong>En République tchèque, le Parti  socialiste, pourtant favori des sondages, n’a pu emporter les élections. </strong> En Slovaquie, la coalition de Robert Fico, marquée par ailleurs par le  populisme, a été défaite, de manière surprenante, par une coalition des  droites. En Hongrie, la Fidesz de Viktor Orban, parti  ultra-conservateur, à écrasé les socialistes, il est vrai discrédités,  alors qu’un parti d’extrême-droite les talonne. Ce recul n’est pas  spécifique à l’Est de l’Europe.<strong> </strong>En Allemagne, le SPD a  connu une cruelle défaite à l’automne 2009, en Grande Bretagne, le parti  travailliste a perdu le pouvoir après 13 ans de Blairisme<strong>. </strong>Au  Pays-Bas, le PVDA vient d’échouer, de peu certes, à le reprendre, alors  qu’un parti anti-immigrés réussit une percée énorme. En Flandre, le  mouvement autonomiste – et très droitier – dirigé par Bart de Wewer, la  N-VA, devient le premier parti – le premier aussi en Belgique. Le roi  vient d’ailleurs de lui confier le rôle d’ « informateur », chargé de la  mission de prendre les contacts nécessaires pour former le  gouvernement. Seule consolation dans ce tableau : la famille socialiste  est la première du Royaume, grâce au succès d’Elio di Rupo en Wallonie,  qui fait de lui le favori pour devenir Premier ministre – dans des  conditions qui s’annoncent très délicates, puisqu’il s’agira sans doute  de tenter de sauver l’Etat en accentuant le pouvoir des Régions.  Ajoutons à cela que le PSOE espagnol, confronté à une crise violente,  est maintenant largement à la remorque des conservateurs du PP, pourtant  peu estimés. Le diagnostic est net, et sombre : la gauche européenne  n’a pas le vent en poupe.</p>
<p><strong>Comment expliquer ce paradoxe ? </strong>J’ai tâché de le  faire il y a deux mois dans un article paru dans la revue « le Débat ».  Certains y voient le signe annonciateur d’un déclin fatal de la  social-démocratie, de la défaite définitive de l’idée européenne. Ce  n’est pas mon analyse, et pas mon sentiment. Ne négligeons pas le rôle  des hommes dans l’histoire, ou leur défaillance. La social-démocratie  européenne a connu des échecs, elle n’a pas su résoudre, depuis le  tournant des années 2000, la question de la relève du leadership après  la fin de l’ « Europe rose » de la dernière décennie du 20ème siècle. Il  est aussi nécessaire de prendre en compte les effets de la crise, qui  exacerbent le sentiment d’insécurité, et l’habileté des droites  européennes, qui ont su capitaliser sur leurs fondamentaux – l’ordre,  l’autorité, la xénophobie, dure ou « soft » – tout en braconnant – c’est  la « triangulation »  – sur nos terres idéologiques, en revendiquant,  de manière certes fallacieuse, la régulation ou l’interventionnisme. Je  reconnais, au passage, que les Conservateurs, ne sont pas toujours  blâmables en tout et partout : au contraire,<strong> je veux souligner  l’importance du geste de David Cameron, reconnaissant la responsabilité  de la Grande-Bretagne et présentant ses excuses pour la tuerie du  « Blooday Sunday »</strong>, en Irlande du Nord, à Londonderry, le 30  janvier 1972. Ce courage et cette dignité là méritent d’être salués.</p>
<p><strong>Convenons enfin qu’il existe également un problème de fond à  gauche et au centre-gauche</strong>. Il ne s’agit pas pour moi de  l’épuisement du paradigme social-démocrate et du modèle européen, mais  de l’incapacité à les renouveler, ou même à tenter de le faire. Ce n’est  pas de trop d’Europe, de trop de réformisme dont nous souffrons, c’est  de l’absence d’une pensée, d’une volonté européennes et réformistes.  C’est ce que nous avons tenté de faire, imparfaitement encore, mais avec  une radicalité que je crois bienvenue, dans notre convention sur le  « nouveau modèle de développement ». C’est ce que nous devons tenter de  promouvoir dans le cadre du PSE, animé avec enthousiasme et conviction  par mon vieil ami et complice, Poul Nyrup Rasmussen, de passage à Paris  mardi dernier. C’est cette voie là qu’il faut suivre.</p>
<p><strong>La France peut-elle échapper à ce cycle négatif pour la  gauche ? </strong>A l’évidence oui, parce que l’aspiration à  l’alternance, face à un pouvoir incompétent, injuste et impopulaire, est  puissante. J’ai participé hier à Nancy-Tomblaine au « tour de France »  des retraites du Parti socialiste. J’en reviens convaincu que Nicolas  Sarkozy, en humiliant les syndicats, en ignorant la négociation, en  refusant une approche bipartisane au profit d’une réforme cruellement  déséquilibrée, a commis une faute. Le « paquet fiscal » de 2007 a été  son péché originel, le « paquet retraites » de l’été 2010 peut être la  goutte d’eau qui fait déborder le vase, et casser définitivement le lien  de ce Président, qui confond courage et mépris, avec les Français. Ne  sous-estimons pas, toutefois, le soin qu’il met à construire, avec  méthode, une machine politique potentiellement majoritaire, ni son  acharnement à  contrôler les médias – la tentative d’organiser la  reprise du « Monde » l’illustre, la prochaine nomination du PDG du  groupe « France-Télévision » en sera le test ultime. Même rejetée, la  droite française reste puissante : l’alternance n’est pas un dû, elle  n’est pas inéluctable.</p>
<p><strong>En définitive, je l’ai dit et le répète, j’ai la conviction  que Nicolas Sarkozy n’est plus maître de son destin. </strong>Si la  gauche se prépare avec rigueur, avec le sens des responsabilités, comme  elle l’a fait avec le plan du Parti socialiste sur les retraites, très  solide et crédible, elle incarnera l’alternance. Chacun ici aura son  sentiment sur l’état de la gauche et du Parti socialiste. Je garderai  pour l’heure le mien : disons qu’il y a un mieux incontestable, mais  qu’il reste beaucoup de travail à accomplir. Ne soyons pas, dans la  période qui s’ouvre, trop tacticiens, ne nous contentons pas de surfer  sur le rejet du pouvoir. Nous avons rendez-vous peut-être avec  l’histoire, en tout cas avec les Français, nous serons, qui sait, les  fers de lance du renouveau de la gauche européenne : c’est à cette  hauteur là qu’il faut porter notre réflexion et notre action.</p>
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		<title>DEVAS, ou comment l&#8217;enfermement rend vulnérable</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Jun 2010 18:06:10 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Par Sylvie Guillaume
J’ai accueilli cette semaine au Parlement européen les représentants de JRS-Europe, une ONG internationale qui accompagne des réfugiés, ainsi que les partenaires du projet DEVAS, venus d’un peu partout en Europe (23 États membres) pour participer à la présentation des résultats d’une étude- relativement conséquents : un rapport de plus de 400 pages [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Sylvie Guillaume</p>
<p style="text-align: justify">J’ai accueilli cette semaine au Parlement européen les représentants de <a href="http://www.jrseurope.org/" target="_blank">JRS-Europe</a>, une ONG internationale qui accompagne des réfugiés, ainsi que les partenaires du projet <a href="http://www.detention-in-europe.org/" target="_blank">DEVAS</a>, venus d’un peu partout en Europe (23 États membres) pour participer à la présentation des résultats d’une étude- relativement conséquents : un rapport de plus de 400 pages ! – sur l’effet de la rétention sur la vulnérabilité des demandeurs d’asile et migrants en situation irrégulière en Europe.</p>
<p style="text-align: justify">Objectifs de cette rencontre : dans le contexte actuel de refonte des textes sur l’asile, <strong>sensibiliser les parlementaires et réfléchir à des alternatives à la rétention.</strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><img class="alignleft" title="centre_de_retention" src="http://farm3.static.flickr.com/2276/2169934860_12623bb713.jpg" alt="" width="270" height="180" />Près de 685 entretiens avec des migrants détenus ont été menés:</strong> c’est ce qui fait la force et l’intérêt de cette étude qui s’appuie, pour connaître les effets de la rétention, sur le vécu des premiers concernés ! Au-delà de la variété des cas abordés, on s’intéresse ici non seulement aux personnes traditionnellement considérées comme des « personnes vulnérables aux besoins particuliers », mais plus largement à toutes les personnes en situation de rétention, en montrant que cela <strong>affecte tout le monde, quel que soit l’âge, le sexe, le statut juridique ou la durée de rétention</strong>.</p>
<p style="text-align: justify">Plusieurs constats s’imposent :<br />
- plus la rétention est longue, plus la vulnérabilité augmente, et plus les conséquences en sont visibles.</p>
<p style="text-align: justify">- de même, lorsque la rétention dure et que le migrant ne dispose d’aucune information sur l’issue de sa rétention, <strong>sa santé physique et mentale se détériore en conséquence</strong>, d’autant que les soins médicaux nécessaires ne sont pas toujours disponibles ;</p>
<p style="text-align: justify">- des facteurs sociaux de vulnérabilité s’ajoutent aux facteurs environnementaux: du fait de l’isolement, les relations avec le « monde extérieur » des personnes retenues sont très limitées, ils ont notamment de <strong>grandes difficultés à contacter leurs proches;</strong></p>
<p style="text-align: justify">- enfin, de nombreux témoignages traduisent le sentiment pour les personnes retenues<strong> d’être assimilées à des criminels</strong>, du fait d’un environnement de type carcéral, ce qui a un impact majeur sur la santé mentale et l’image que le migrant a de lui/elle-même.</p>
<p style="text-align: justify">Étant donné le coût non seulement financier mais surtout humain que joue actuellement la rétention dans le système européen de gestion des flux migratoires, il faut sérieusement s’interroger sur l’efficacité de tels procédés. Les chefs d’États et de gouvernement seraient bien mieux inspirés de tirer les leçons de cette réalité pour, à l’inverse, mobiliser les finances publiques dans l’amélioration des garanties procédurales et protection des droits des migrants. A nous, parlementaires européens, de réagir pour adapter la législation actuelle à ce type de réalité !</p>
<p>Source : <a href="http://www.sylvieguillaume.eu">http://www.sylvieguillaume.eu</a></p>
<p>CC photo : Neno°</p>
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		<title>Report du vote sur la stratégie Europe 2020 : la droite refuse le débat sur la croissance en Europe</title>
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		<pubDate>Sun, 23 May 2010 17:07:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>b2g</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[austérité]]></category>
		<category><![CDATA[Catherine Trautmann]]></category>
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		<description><![CDATA[Intervention de Catherine Trautmann
Au nom de l’ensemble de la Délégation socialiste française au Parlement européen, Catherine Trautmann a dénoncé aujourd’hui avec vigueur les procédés employés par la droite pour reporter une nouvelle fois le vote sur la stratégie Europe 2020.
«Les Socialistes étaient prêts à discuter, à condition que le texte admette la nécessité d&#8217;assurer la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Intervention de Catherine Trautmann</p>
<p style="text-align: justify">Au nom de l’ensemble de la Délégation socialiste française au Parlement européen, <strong>Catherine Trautmann a dénoncé aujourd’hui avec vigueur les procédés employés par la droite pour reporter une nouvelle fois le vote sur la stratégie Europe 2020.</strong></p>
<p>«Les Socialistes étaient prêts à discuter, à condition que le texte admette la nécessité d&#8217;assurer la croissance et l&#8217;emploi, seul moyen juste de contribuer à la résorption des déficits. Le groupe principal au Parlement, c&#8217;est-à-dire le PPE, s&#8217;est avéré dans l&#8217;impossibilité de soumettre au débat une proposition témoignant de cette volonté. En agissant de la sorte, la droite veut en réalité cacher le fait qu’elle n’a pas tiré les leçons de la crise : <strong>ses propositions politiques sont toujours dictées par l’idéologie néolibérale qui nous a entraînés au bord du gouffre »</strong>, dénonce la Présidente de la Délégation socialiste française.</p>
<p><img class="alignleft" src="http://farm4.static.flickr.com/3247/2987281634_0f4e59bfda.jpg" alt="" width="186" height="280" />Pour l’Eurodéputée, « Pour nous, le choix est clair : d’un côté, il y a le programme qui manque d&#8217;ambition de  la Commission européenne et la résolution de la droite, cantonnée à la rigueur; de l’autre, la résolution du groupe socialiste et démocrate, rejoint par les Verts et la GUE. D’un côté, l’intergouvernemental ; de l’autre, une volonté européenne. <strong>Ce sont aussi des priorités différentes : pour la droite une cure d’austérité sans précédent qui étranglerait notre économie; de notre côté, un soutien à l&#8217;activité des entreprises et à l&#8217;emploi. </strong>A droite, toujours ce même refus d’encadrer les marchés financiers malgré les déclarations de principe. De notre côté, l’innovation au service de l’intérêt général avec la proposition d’une taxation sur les transactions financières. »</p>
<p>« Ces effets de séance ne sont pas à la hauteur des attentes des citoyens: nous étions prêts à engager le débat aujourd&#8217;hui, nous le serons tout autant le mois prochain, d&#8217;autant que le rapport de Pervenche Berès sur les réponses à la crise financière, économique et sociale,  apporte des propositions à la hauteur de l&#8217;enjeu », conclut Catherine Trautmann.</p>
<p>Source : http://catherinetrautmann.net/</p>
<p>CC photo : Fredonino</p>
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		<title>La refondation ou le déclin</title>
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		<pubDate>Mon, 17 May 2010 19:18:51 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[crise financière]]></category>
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		<category><![CDATA[gouvernance économique]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Moscovici]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Pierre Moscovici
L&#8217;histoire, en cette année 2010, s&#8217;accélère, et bouleverse les habitudes comme les certitudes. La crise économique et financière, commencée en 2008 avec l&#8217;effondrement du système bancaire, touche aujourd&#8217;hui les Etats les plus endettés et mal gérés. Son théâtre, hier d&#8217;abord américain, est cette fois-ci européen. La tourmente qui a amené la Grèce près [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Pierre Moscovici</p>
<p><span style="font-size: small">L&#8217;histoire, en cette année 2010, s&#8217;accélère, et bouleverse les habitudes comme les certitudes. La crise économique et financière, commencée en 2008 avec l&#8217;effondrement du système bancaire, touche aujourd&#8217;hui les Etats les plus endettés et mal gérés. Son théâtre, hier d&#8217;abord américain, est cette fois-ci européen. La tourmente qui a amené la Grèce près de la faillite dure depuis plusieurs mois, et elle a pris, faute de réaction suffisamment rapide et forte, une ampleur qui secoue l&#8217;Europe tout entière, atteint l&#8217;économie mondiale, remet en cause les fondements mêmes de la construction européenne. La réponse d&#8217;urgence trouvée dimanche par les Européens était nécessaire. Elle ne dispense pas l&#8217;Union – et d&#8217;abord la zone euro &#8211; d&#8217;une refondation .</span></p>
<p><span style="font-size: small"><strong>On connait les résultats de la discussion du Conseil Ecofin.</strong> Le plan d&#8217;aide à la Grèce – 110 milliards d&#8217;euros de l&#8217;Union et du FMI – a été confirmé. En outre, a été mise en place un mécanisme communautaire d&#8217;intervention pour préserver la stabilité financière en Europe. Les montants en causes sont considérables. Il s&#8217;agit de 750 milliards d&#8217;euros – 60 milliards seraient fournis par la BCE, 440 milliards par des prêts bilatéraux des Etats membres de la zone euro, 250 milliards par le FMI. J&#8217;espère et je pense que cette réponse sera de nature à rassurer définitivement les marchés financiers, qui ont connu un fort rebond. Elle marque, selon la juste expression de Jean Pisani-Ferry, que « le pouvoir politique affirme une capacité de réaction et de soutien financier sans limite », et vise à décourager les spéculateurs. Face à une telle décision, l&#8217;observateur est toujours partagé. Il se trouve, je me trouve en l&#8217;occurrence, contraint à la réserve : toute déclaration sceptique pourrait être utilisée dans le débat public, toute critique, fût elle pertinente, peut se retourner contre l&#8217;Europe. En l&#8217;espèce, je n&#8217;ai pas à bouder ma satisfaction. En même temps, comment ne pas relever l&#8217;absurdité de la situation, ou plutôt celle du retard pris pour aboutir aux bonnes décisions ? J&#8217;ai écrit ici à plusieurs reprises que l&#8217;Europe ne pouvait pas se dérober à la solidarité. Les Européens ont perdu un temps considérable, ils ont réagi tardivement et de façon insuffisante, ils sont restés en retrait dans la crise grecque, ils n&#8217;ont à aucun moment émis les bons signaux.</span></p>
<p><span style="font-size: small"><strong>Inutile, en effet, de faire ici la liste des déclarations inopportunes et des occasions manquées.</strong> L &#8216;Allemagne d&#8217;Angela Merkel, bien sûr, a sa part de responsabilité. Je comprends parfaitement, je l&#8217;ai dit et écrit, que la Chancelière, à l&#8217;écoute de son opinion, sous la pression d&#8217;élections régionales décisives &#8211; qu&#8217;elle a au demeurant finalement perdues – soit attachée à la culture de stabilité qui est celle de son pays, d&#8217;autant plus que la contagion de l&#8217;endettement s&#8217;étend en Europe. Il est logique qu&#8217;elle ait insisté sur le nécessaire partage des efforts. Pour autant, ses hésitations, son refus initial de l&#8217;aide à la Grèce, l&#8217;évocation par elle de la possible sortie d&#8217;un Etat laxiste de la zone euro, ont fait perdre du temps, et surtout ont jeté le doute sur la capacité et la volonté des Européens de sortir, ensemble, de ce mauvais pas. Ne croyons pas, néanmoins, qu&#8217;il y ait eu en face d&#8217;elle des visionnaires à l&#8217;esprit déterminé et à la parole claire. Nicolas Sarkozy, il est vrai à la tête d&#8217;un Etat qu&#8217;il a considérablement endetté, et José-Manuel Barroso, apathique, ont été discrets, Herman Van Rompuy se fait toujours attendre. Tout cela n&#8217;a pas découragé , jusqu&#8217;alors, les spéculateurs de poursuivre leur offensive, et a corsé l&#8217;addition. « Mieux vaut tard que jamais », dit la sagesse populaire. Sans doute, mais il n&#8217;est jamais utile d&#8217;attendre pour agir, surtout quand les problèmes sont connus et les solutions identifiées. Une fois de plus, je suis frappé par la pauvreté du leadership européen actuel, qui subit constamment sans jamais imaginer l&#8217;avenir.</span></p>
<p><span style="font-size: small"><strong>Soyons conscients, surtout, que l&#8217;Europe, si elle échappe sûrement au pire, n&#8217;est pas tirée d&#8217;affaire : évitons le « lâche soulagement » d&#8217;une issue positive, qui n&#8217;écarte pas les dangers de demain.</strong> L&#8217;Union est aujourd&#8217;hui en panne, et cette crise révèle ses faiblesses, celles d&#8217;une construction effective, aux apports incontestables, mais qui n&#8217;a pas su, en s&#8217;élargissant, en créant une monnaie unique, se doter des structures politiques et des instruments économiques nécessaires pour devenir une puissance dans la mondialisation. Ses faiblesses, désormais, apparaissent au grand jour. L&#8217;asymétrie de l&#8217;euro rend vulnérable les Etats les plus endettés, l&#8217;intergouvernementalisme qui s&#8217;étend empêche toute solidarité, la stabilité dominante confère à l&#8217;Europe une image punitive, les décisions apparaissent technocratiques, injustes, lointaines. Tout cela éloigne les peuples de l&#8217;Union européenne, fragilise son assise dans l&#8217;opinion, la laisse flotter face aux marchés conscients de sa faiblesses. L&#8217;éclatement de l&#8217;euro a été évité dans la douleur, comme s&#8217;il avait fallu imposer ce qui aurait du être une évidence, le fait qu&#8217;il était une association durable et solidaire : je m&#8217;en réjouis. Mais l&#8217;Europe, si elle ne produit pas de réponses plus décisives, plus structurelles, risque de décrocher, d&#8217;être déclassée, de s&#8217;enliser dans une longue purge des ses finances publiques sans jamais se doter des instruments d&#8217;une croissance forte et créatrice d&#8217;emploi. Hélas, je ne vois pas poindre cette ambition partagée dans la décision prise dimanche.</span></p>
<p><span style="font-size: small"><strong>Il s&#8217;agit en réalité plus d&#8217;un sursaut, d&#8217;un réflexe de survie, que d&#8217;un nouveau départ.</strong> Le temps de la relance arrive, je veux le croire, je suis en tout cas certain qu&#8217;il est incontournable, vital même, d&#8217;y venir. Il est temps, grand temps, que l&#8217;Europe transforme ce nouvel outil de stabilité en véritable Fonds monétaire européen. Il est plus que temps qu&#8217;elle fasse de l&#8217;Eurogroupe un véritable gouvernement économique, articulé avec un Conseil Ecofin lui-même renforcé, et lui confie le pilotage de politiques économiques mieux coordonnées. Il est indispensable que l&#8217;Union exploite, enfin, sa capacité d&#8217;emprunt intacte à des fins défensives &#8211; la stabilité financière &#8211; mais aussi offensives &#8211; le financement des grands travaux, des grands investissements sans lesquels notre continent n&#8217;accrochera pas le train de l&#8217;économie de la connaissance. Il est nécessaire que se noue la discussion, si longtemps différée, sur un budget fédéral d&#8217;ampleur, financé par un impôt européen, consacré pour l&#8217;essentiel à la solidarité avec les régions en difficulté et à la modernisation de l&#8217;économie. Il faut que l&#8217;idée d&#8217;une agence publique européenne de notation voie le jour. Il est indispensable, me semble t-il, que l&#8217;Europe soit aussi un acteur plus engagé dans la régulation du capitalisme financier que le G20 a tout juste esquissée.</span></p>
<p><span style="font-size: small"><strong><img class="alignright" src="http://farm4.static.flickr.com/3378/4604030924_204c1d85df.jpg" alt="" width="291" height="350" />Vous me pardonnerez, je l&#8217;espère, de finir par un slogan: pour l&#8217;Europe, le choix est maintenant entre la refondation et le déclin.</strong> Sous la pression des faits, les droites européennes bougent, mais lentement, en désordre, sans ambition. Il revient à la gauche, aux socialistes européens, de s&#8217;armer de propositions fortes, de les inscrire dans une cohérence, de les promouvoir avec énergie. J&#8217;en tire deux leçons pour les socialistes français, dans le travail qu&#8217;ils accomplissent pour se préparer à l&#8217;alternance. Tout d&#8217;abord, cette crise montre à ceux qui en doutent que l&#8217;endettement public sera au coeur de la prochaine campagne présidentielle – et surtout du prochain mandat, en 2012 et 2017. La questions n&#8217;est pas de savoir s&#8217;il faut réduire la dette publique, mais comment le faire! Il y a bien deux façons d&#8217;y parvenir, par la rigueur bornée comme le suggère la droite, par une nouvelle dynamique de croissance, d&#8217;investissements sélectifs, d&#8217;ambition écologique, de justice fiscale et sociale, qu&#8217;il nous appartient d&#8217;inventer. Ensuite, nous ne pouvons pas, nous ne pouvons plus être des Européens timides ou simplement habiles. Les initiatives, ambitieuses et réalistes, que nous proposerons à nos partenaires doivent, au contraire, être le pilier central de notre projet. C&#8217;est ce pourquoi, comme toujours depuis 15 ans, aidé cette fois par les faits, je me battrai.</span></p>
<p><span style="font-size: small">Source : </span><a href="http://moscovici.typepad.fr/blognational/" target="_blank">http://moscovici.typepad.fr/blognational/</a></p>
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		<title>Europe : mauvaise passe</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 19:53:21 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Par Pierre Moscovici
J&#8217;ai naturellement, ces dernières semaines, consacré l&#8217;essentiel de mes posts sur ce blog à l&#8217;actualité politique – la campagne des élections régionales, le déroulement de celles-ci, leurs suites. Cela ne m&#8217;a pas empêché, évidemment, de travailler à la préparation de la Convention nationale du Parti socialiste sur le « nouveau modèle de développement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par Pierre Moscovici</p>
<p><strong>J&#8217;ai naturellement, ces dernières semaines, consacré l&#8217;essentiel de mes posts sur ce blog à l&#8217;actualité politique – la campagne des élections régionales, le déroulement de celles-ci, leurs suites.</strong> Cela ne m&#8217;a pas empêché, évidemment, de travailler à la préparation de la Convention nationale du Parti socialiste sur le « nouveau modèle de développement », qui va entrer dans sa phase décisive – nous en parlerons ici très prochainement – et de suivre de près – on ne se refait pas – la réponse de l&#8217;Union européenne à la crise grecque. Le Conseil européen du 25 mars a apporté une solution permettant, en principe, de prémunir la Grèce des effets de la spéculation. Je m&#8217;en réjouis, bien sûr, sans me satisfaire des modalités retenues.</p>
<p><strong>L&#8217;Europe, en vérité, traverse une mauvaise passe. Le débat, ces dernières semaines, a fait rage.</strong> Les Européens, dans un premier temps, avaient arrêté le principe d&#8217;un soutien à la Grèce, tout en lui demandant des efforts pour rétablir la situation de ses finances publiques. J&#8217;avais salué cette décision comme une avancée, espérant que l&#8217;esprit de solidarité l&#8217;emporterait in fine sur la tentation du chacun pour soi. La Grèce a ensuite, sous l&#8217;impulsion de George Papandréou, pris des engagements de diminution drastique de ses déficits, provoquant au demeurant des réactions populaires fortes et compréhensibles. Il pouvait dès lors sembler logique qu&#8217;une issue positive advienne rapidement et dans de bonnes conditions, d&#8217;autant qu&#8217;est apparue l&#8217;idée d&#8217;un fonds monétaire européen (FME), dont la création aurait permis aux pays membres de l&#8217;Union de traiter les déséquilibres affectant tel ou tel d&#8217;entre eux. C&#8217;est, au contraire, à ce moment que la discussion s&#8217;est tendue et pour tout dire dégradée, lorsque la Chancelière allemande, Angela Merkel, a refusé d&#8217;aider la Grèce, envisagé publiquement l&#8217;éviction de l&#8217;euro d&#8217;un pays laxiste, et suggéré l&#8217;intervention du Fonds monétaire international (FMI), réclamée en retour par le Premier ministre grec. A la veille du Conseil européen, la situation, malgré les mesures prévues par les ministres de l&#8217;économie et des finances de la zone euro, n&#8217;était pas tout à fait stabilisée. Un compromis a pu être trouvé, laborieusement, prévoyant l&#8217;octroi de prêts à la Grèce, en cas d&#8217;attaques spéculatives, couplé à l&#8217;intervention du FMI. Pendant toute cette période s&#8217;est manifestée bruyamment une évidente mésentente entre la France, partisane de la solidarité et de la régulation, et l&#8217;Allemagne, campant sur une position restrictive.</p>
<p><strong><img class="alignleft" title="Hologramme euro" src="http://farm1.static.flickr.com/248/3264478668_03bdc6afda.jpg" alt="" width="300" height="186" />La solution trouvée a certes le mérite d&#8217;exister : elle n&#8217;en représente pas moins un triple échec.</strong> Le pire a été évité – l&#8217;abandon par la zone euro d&#8217;un de ses membres, qui eût constitué un signal désastreux et favorisé l&#8217;offensive financière contre d&#8217;autres Etats, le Portugal et sans doute l&#8217;Espagne au premier chef. Je suis pour ma part persuadé que cela aurait signifié, à brève échéance, la fin de l&#8217;euro, au bénéfice d&#8217;un noyau dur monétaire pourvu de politiques budgétaires peu expansives. Cela ne saurait consoler un cœur européen des reculs enregistrés par ailleurs. Le premier échec est celui de l&#8217;Europe elle-même. La Grèce a été soutenue, certes, mais à quel prix ! Le FMI est finalement intervenu pour voler au secours d&#8217;un pays membre de l&#8217;Union européenne – qui plus est de l&#8217;ancienne Union européenne à 15. Certains diront que c&#8217;est son rôle, son métier, ce qui est vrai. Il s&#8217;agit aussi pour l&#8217;Union européenne – je rejoins en cela, une fois n&#8217;est pas coutume, le sentiment du Président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet – d&#8217;une véritable humiliation. Le FMI, en effet, est sollicité du fait de l&#8217;incurie, de l&#8217;aboulie plutôt, des Européens – qui ont renoncé, pour des motifs de coût, certes, mais aussi faute de volonté politique, à créer un FME. Il faut donc constater que la solidarité s&#8217;est exercée de manière faible et contrainte, et que la mollesse de la mobilisation ne suffira peut être pas – sans doute pas – à décourager demain les spéculateurs.</p>
<p><strong>Cette grave déficience constitue un sévère revers pour Nicolas Sarkozy. </strong>Le Président de la République aime, depuis son élection, à se présenter comme le maître de l&#8217;Europe, à se faire le chantre du volontarisme, à revendiquer le « retour de la France en Europe ». Il avait su, de façon assez illusoire comme je l&#8217;ai montré dans « Mission impossible ? », faire croire à la réussite de la Présidence française de l&#8217;Union européenne, en réalité active mais brouillonne et sans grand résultat. Un bilan plus serein et objectif de son action européenne depuis 2007 le montre au contraire davantage adepte du coup de boutoir et du coup de menton que bâtisseur d&#8217;Europe. Plusieurs de ses attitudes – le relâchement des déficits publics français, la création de l&#8217;Union méditerranéenne, conçue à l&#8217;origine comme concurrente de l&#8217;Union européenne et réservée aux pays riverains de la mer commune, sa familiarité et son arrogance – avaient favorisé un éloignement marqué entre la France et l&#8217;Allemagne : sa relation avec Angela Merkel, loin d&#8217;une proximité surjouée, est en fait médiocre, voire distante. Dans la crise grecque, le Président français a payé l&#8217;addition de son inconséquence, et cédé à l&#8217;essentiel des arguments de l&#8217;Allemagne. Il s&#8217;est gardé, là, de toute forme de triomphalisme, et pour cause : il a baissé pavillon et laissé l&#8217;Europe s&#8217;engager dans la voie d&#8217;une politique de rigueur financière généralisée. En Europe, aussi, Nicolas Sarkozy est affaibli, voire dévalué.</p>
<p><strong>Mais le succès allemand, indéniable, est une victoire à la Pyrrhus.</strong> L&#8217;Allemagne, depuis l&#8217;origine, est aux postes de commande de l&#8217;Europe, solidairement avec la France. Elle est d&#8217;ailleurs, traditionnellement, plus allante que nous sur la méthode communautaire. Angela Merkel a, cette fois, mis le frein. Ce n&#8217;est pas, à vrai dire, totalement surprenant. On sait que l&#8217;Allemagne, traumatisée par le souvenir de l&#8217;hyper-inflation des années 20, qui a fait le lit du nazisme, est plus qu&#8217;attachée à la stabilité financière : celle-ci fait partie de la culture nationale, des valeurs de la République fédérale d&#8217;Allemagne. Angela Merkel, par ailleurs, est dans une situation politique paradoxalement délicate, malgré sa récente et confortable réélection : elle se trouve en effet à la tête d&#8217;un gouvernement de coalition avec les libéraux, partenaires malcommodes, et prépare des élections régionales pas forcément simples. Elle a donc durci sa position, pour donner satisfaction à une opinion publique farouchement allergique à tout laxisme. Son attitude n&#8217;en est pas moins regrettable, et témoigne d&#8217;un nouvel égoïsme allemand, qui tourne le dos à l&#8217;esprit des pères fondateurs de l&#8217;Europe. Politiquement compréhensible dans une logique nationale, sa position n&#8217;est ni courageuse, ni constructive sur le plan européen, elle est donc très inquiétante pour l&#8217;avenir de la construction européenne. Je le déplore.</p>
<p><strong>L&#8217;Europe, ces dernières années, s&#8217;est en vérité, faute d&#8217;idéal, de leadership et de courage – qualités qui avaient permis à François Mitterrand, Jacques Delors et Helmut Kohl de relancer la construction européenne, de lancer l&#8217;élargissement, de mettre en route l&#8217;euro – immobilisée.</strong> Les causes de cette impuissance sont nombreuses : affaiblissement d&#8217;une Commission mal dirigée par José-Manuel Barroso, choix peu entrainant des nouveaux responsables prévus par le Traité de Lisbonne, mésentente franco-allemande et absence de vision de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, hégémonie des droites&#8230;. Toujours est-il que l&#8217;Union actuelle est dominée par un intergouvernementalisme stérile, dépourvue de volonté et de solidarité, incapable de produire une réponse forte à la crise à travers un plan de relance digne de ce nom, inapte à définir des politiques économiques, culturelles, sociales à la hauteur des attentes des Européens. Ce constat ne me décourage pas, il ne me pousse pas dans l&#8217;euro-scepticisme. Je reste convaincu que l&#8217;Europe est notre avenir, ou plutôt que notre avenir sera européen ou bien ne pourra que décevoir et décliner. Je souhaite donc que la gauche inscrive à nouveau la perspective européenne au cœur de son projet. Comptez sur moi pour militer avec force en ce sens.</p>
<p>Source : http://moscovici.typepad.fr/blognational/</p>
<p>Crédit photo : muscapix</p>
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		<title>Les élections seules ne font pas une véritable démocratie</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 19:43:28 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Par France Joubert
Plus les enjeux se rapprochent du local et du citoyen et plus cette affirmation, les élections ne font pas seules une véritable démocratie, se révèle juste. C’est pourquoi une démocratie a autant besoin  de citoyens intelligents et solidaires que d’élu(e) s en capacité de faire confiance en même temps qu’ils donnent à voir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Par France Joubert</p>
<p><strong>Plus les enjeux se rapprochent du local et du citoyen et plus cette affirmation, les élections ne font pas seules une véritable démocratie, se révèle juste. </strong>C’est pourquoi une démocratie a autant besoin  de citoyens intelligents et solidaires que d’élu(e) s en capacité de faire confiance en même temps qu’ils donnent à voir au-delà des particularismes locaux. La dictature des corporatismes tout comme celle des individus, auxquels les élu(e)s cèdent de plus en plus, ne font pas une politique de bien commun.</p>
<p><strong><img class="alignleft" title="Democratie " src="http://farm3.static.flickr.com/2756/4451470322_49760ce3b5_m.jpg" alt="" width="240" height="180" />D’autres démocraties votent pour leur administration, ce n’est pas le cas en France, il n’empêche qu’une administration ouverte, efficace et bien décentralisée est indispensable à la communauté et à la cohésion sociale.</strong><br />
Tous nous devons être en capacité de gérer la tension entre les libertés individuelles et le sens du social. Le renouvellement de la démocratie impose donc une amélioration de la gouvernance régionale et du comportement des citoyens.<br />
<strong>Nous sommes dans un régime démocratique ou la liberté d’expression devient plus relative que réelle à cause de la complexité et des méthodes des différents groupes de pression. </strong></p>
<p>Cela devient encore plus compliqué, quant au-delà de l’expression, nous souhaitons être véritablement co-auteur de notre vie collective.</p>
<p>Ce qui va compter c’est l’après élection. Dans ce cadre, et dans ce qui a un lien avec ce que nous développons comme activités, cette campagne, ne nous a pas complètement satisfait.</p>
<p><strong>L’avenir de l’Europe est à reconstruire.</strong> Le comité des régions avec le livre blanc sur la gouvernance multi niveaux tout comme la commission, « La Présidence espagnole a placé la dimension régionale de l’Union européenne au rang de ses priorités. Ceci répond par ailleurs à la propre expérience de l’Espagne, un État formé par un ensemble de communautés autonomes ».</p>
<p>Notre souhait de construire un réseau européen en région et une maison de l’Europe dans la capitale régionale doit être pris en compte. De même il devient impératif de favoriser l’implantation de tête de réseau européen en région (ex : groupements d’employeurs)</p>
<p>Les débats actuels sur la représentation territoriale et les futurs conseillers territoriaux ne sont pas repris dans la campagne. Tout autant que les résultats, cette future représentation, pour laquelle la société civile n’a à aucun moment été consultée, va bouleverser notre quotidien ainsi aussi que celui des élus. <strong>Les associations sont particulièrement inquiètes.</strong> Au-delà de leur légitime survie financière, ce sont les relais, indispensables à la communauté régionale. Elles sont de plus en plus considérées comme prestataires et mise en concurrence. <strong>Face au « business social » elles ne feront pas le poids si une réflexion visant au renouvellement de leur responsabilité dans la société, n’est pas rapidement engagée.</strong></p>
<p>L’économie solidaire ainsi que les droits de la femme, sont maintenant dans la grande nébuleuse de la DGCS (Direction Générale de la Cohésion Sociale). S’éloigne ainsi notre engagement de rapprocher tous les modèles économiques. Le social n’est plus le supplément d’âme de l’économie. Les entreprises intègrent de plus en plus la responsabilité sociale et environnementale. Le social aussi ne se gère plus comme la charité. Ce qu’il est convenu d’appeler la crise, pour éviter de penser autre chose et faire croire que cela reviendra comme avant, devrait nous permettre de repenser ensemble, la globalité du système. Plutôt que de rechercher les boucs émissaires et dénoncer à tout va, nous devrions, comme le souligne Edgar Morin « énoncer » et partager. De nombreuses solidarités se sont développées ces dernières années, les citoyens n’ont pas attendu les changements. Tout cela doit être considéré autrement que comme « expérimental, local et supplétif ».</p>
<p>Notre dernier forum (décembre 2009) avait pour thème <strong>« la société civile dans le développement des territoires : penser, s’organiser et produire ensemble »</strong>, cela restera notre fil rouge pour l’après élection. <strong>Il s’agit de reconstruire le Pacte Social de l’après guerre, de l’adapter pour résoudre la vraie crise, celle de la confiance.</strong></p>
<p><strong>La crise de notre modèle de développement est structurelle et globale. Elle est économique, sociale, écologique, culturelle et politique. Le pire ne pourra être évité sans une transformation radicale de nos modes de vie, de nos manières de penser, de consommer, de produire, d’être solidaires.</strong></p>
<p>Pensez donc  à voter deux fois ! Une fois pour la liste d’élu (e)s que vous souhaitez et une fois pour ce que vous allez faire pendant les 4 ans du nouveau mandat. <strong>Une démocratie moderne fonctionne sur trois pieds : des citoyens responsables et organisés, des élus et une administration et des services compétents.</strong></p>
<p>France Joubert est Président du CERGE (Centre européen des groupements d’employeurs), ainsi que Président de Sauvons l’Europe Forum Poitou-Charentes<br />
Source : http://sauvonsleurope.over-blog.fr/</p>
<p>Crédit photo : pm.raymon</p>
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		<title>Leçon de la crise grecque</title>
		<link>http://besoindegauche.fr/blog/2010/02/14/lecon-de-la-crise-grecque/</link>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 17:22:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Par Pierre Moscovici
Les Chefs d&#8217;Etat et de gouvernement de l&#8217;Union européenne ont décidé, hier, de soutenir la Grèce. Ils l&#8217;ont fait à travers une déclaration marquant leur solidarité, tout en exigeant du pays des efforts supplémentaires pour réduire son déficit budgétaire de quatre points d&#8217;ici 2012. Les mesures d&#8217;aide sont renvoyées à plus tard, mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" src="http://farm4.static.flickr.com/3368/3611953388_f0966801b1.jpg" alt="" width="290" height="217" /><em><strong>Par Pierre Moscovici</strong></em></p>
<p>Les Chefs d&#8217;Etat et de gouvernement de l&#8217;Union européenne ont décidé, hier, de soutenir la Grèce. Ils l&#8217;ont fait à travers une déclaration marquant leur solidarité, tout en exigeant du pays des efforts supplémentaires pour réduire son déficit budgétaire de quatre points d&#8217;ici 2012. Les mesures d&#8217;aide sont renvoyées à plus tard, mais l&#8217;affirmation morale et politique est sans ambiguïté. Cet épisode – qui n&#8217;est pas forcément terminé, car les marchés ne lâcheront pas forcément le morceau – appelle quelques réflexions, il faudra en tirer des leçons. Pour ma part, je retiens cinq enseignements.</p>
<p>1 – <strong>Cette crise révèle avec cruauté les fragilités de la construction initiale de l&#8217;euro. </strong>La monnaie unique est une réussite formidable, celle de la mise en commun, par de vieilles et puissantes nations, de leur souveraineté monétaire. Il s&#8217;agit d&#8217;un élément d&#8217;unité, de force, de protection contre les fluctuations, qui grandit l&#8217;Europe. L&#8217;euro s&#8217;est, très vite, installé par sa solidité au premier rang des monnaies mondiales, aux côtés du dollar. Mais il s&#8217;agit aussi d&#8217;un processus asymétrique. En effet, si la politique monétaire et la gestion des taux d&#8217;intérêt sont confiées à une Banque centrale indépendante, dotée de missions claires et univoques – la stabilité des prix et la lutte contre l&#8217;inflation – la zone euro était, et demeure en grande partie, dépourvue de coordination effective des politiques économiques, de gouvernance forte – même si « l&#8217;euro-groupe », créé à l&#8217;initiative du gouvernement de Lionel Jospin, a partiellement comblé cette lacune. Elle ne disposait pas non plus d&#8217;objectifs forts et mobilisateurs en matière de croissance et d&#8217;emploi. Dès lors, pouvait naître le paradoxe qui a frappé la Grèce, celui d&#8217;une monnaie commune à plus de 15 Nations, libres de poursuivre chacune leur politique économique propre, et dès lors vulnérables.</p>
<p><img class="alignleft" src="http://farm1.static.flickr.com/208/499728470_231d37bec4.jpg" alt="" width="248" height="186" />2 – <strong>L&#8217;attaque contre la Grèce résulte d&#8217;une triple faiblesse.</strong> La première est bien cette asymétrie de l&#8217;euro. Elle a entraîné une tolérance excessive par rapport à la drogue dure des déficits et de la dette. La Grèce, et notamment le gouvernement conservateur qui a précédé celui de George Papandreou, le nouveau Premier ministre socialiste aujourd&#8217;hui au pouvoir, s&#8217;est laissée aller à un laxisme excessif, entraînant un endettement inacceptable, aggravée par des maquillages douteux de la présentation des comptes du pays. Je ne crois pourtant pas que la menace d&#8217;une défaillance de la Grèce ait été, à un moment quelconque, sérieuse. Il a fallu, pour précipiter la crise que nous traversons, un troisième facteur : l&#8217;intervention de la spéculation. Celle-ci s&#8217;est attaquée au maillon faible, tablant sur une absence de réaction de la zone euro, qui du coup ne pouvait rester inerte. Les agences de notation, dégradant la qualité de la dette grecque, ont également joué un rôle perturbateur. Dès lors, cette affaire appelait à la fois la solidarité envers la Grèce – c&#8217;est ce qui vient d&#8217;arriver – et davantage de régulation financière – preuve est faite que les progrès en la matière annoncés au G20 et revendiqués par Nicolas Sarkozy à grands sons de trompe sont encore dans les limbes.</p>
<p>3 –<strong> La décision du Conseil européen marque un tournant.</strong> « Libération » titrait hier que « cette Europe est nulle ». Elle l&#8217;est franchement un peu moins aujourd&#8217;hui. Le soutien des Chefs d&#8217;Etat et de gouvernement – en présence du Président de la BCE, Jean-Claude Trichet, de celui de la Commission, José Manuel Barroso, sous la houlette d&#8217;Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, et à l&#8217;initiative de Jean Claude Juncker, Président de l&#8217;eurogroupe – était sans doute obligé. La Grèce, en effet, n&#8217;était pas la seule cible en ligne de mire des spéculateurs. L&#8217;existence même de l&#8217;euro était en jeu. La monnaie européenne pouvait se décomposer, au terme d&#8217;une sorte de « crise des dominos », atteignant successivement les pays les plus endettés : l&#8217;Espagne, le Portugal, l&#8217;Italie auraient sans doute été attaqués – l&#8217;étaient déjà en fait – après la Grèce. Le détricotage de l&#8217;euro, sa perte de crédibilité voire sa perte tout court, étaient au bout du chemin. La contrainte pesant sur les Européens était forte, la réussite n&#8217;était pas forcément garantie.</p>
<p>4 -<strong> Il fallait en effet lever les réticences allemandes, fortes, presque ontologiques.</strong> L&#8217;Allemagne n&#8217;a en effet accepté de renoncer à sa monnaie nationale, le mark, qu&#8217;à condition de voir l&#8217;Europe adopter sa culture de la stabilité. Elle a toujours refusé l&#8217;idée d&#8217;une aide aux pays « laxistes » et exigé une discipline budgétaire poussée. Ainsi s&#8217;opposait-elle, à la fin des années 90, à l&#8217;adhésion à l&#8217;euro des pays du Sud de l&#8217;Union, qu&#8217;elle appelait « le club Méditerranée » &#8211; la Grèce, l&#8217;Espagne et le Portugal, comme par hasard, étaient visés. Angela Merkel, sous la pression des évènements – et aussi sous celle de la France, Nicolas Sarkozy reprenant en l&#8217;occurence une conception constante de notre pays – a changé son fusil d&#8217;épaule et accepté de contribuer, qui plus est en première ligne, au sauvetage de la Grèce, en contrepartie d&#8217;un durcissement de ses exigences budgétaires. Voilà pourquoi cette opération marquera l&#8217;histoire de l&#8217;Europe.</p>
<p><img class="alignright" src="http://farm3.static.flickr.com/2547/4016235464_ba637ce867.jpg" alt="" width="303" height="201" />5 -<strong> La percée est pourtant très incomplète.</strong> Notons, d&#8217;abord, que le Conseil européen est intervenu a minima, par le verbe, sans dispositif concret à ce stade : il s&#8217;agissait d&#8217;éviter la mise sous tutelle du FMI, qui eût été humiliante, d&#8217;un pays membre de l&#8217;euro, sans pour autant s&#8217;engager trop. Les jours qui viennent diront si c&#8217;est tout à fait suffisant. En réalité, plusieurs éléments continuent de manquer à la zone euro. Il faudra, d&#8217;abord, que les politiques économiques européennes soient mieux coordonnées. Les divergences excessives ne peuvent être tolérées, elles devront être mieux contrôlées par un eurogroupe renforcé. Cela signifie avant tout que nul ne pourra vivre longtemps avec un endettement dangereux : notons que cela concerne au premier chef la France dont la dette publique, à en croire la Cour des comptes, file allègrement vers les 100 % du PIB, notamment du fait de la politique erronée et injuste menée depuis 2007. Il sera ensuite nécessaire d&#8217;améliorer la stratégie de Lisbonne, destinée à améliorer la performance de l&#8217;économie européenne, pour la rendre plus riche en emplois et davantage tournée vers la croissance. Enfin, il est indispensable que l&#8217;Union elle-même se dote des instruments – politiques, budgétaires, financiers – pour intervenir sur ses affaires intérieures : en l&#8217;espèce, ce sont les Etats qui sont intervenus, avec toutes les restrictions et les timidités que cela implique. Un gouvernement de la zone euro doit, enfin, voir le jour !</p>
<p>Il y a là, pour tous ceux qui croient en l&#8217;Europe, et d&#8217;abord pour les socialistes, à la fois des motifs pour combattre, des raisons d&#8217;espérer et des pistes de travail. La crise grecque a révélé les faiblesses de l&#8217;euro qui, comme le disait Jacques Delors, « protège mais ne dynamise pas », elle a aussi montré la solidarité qui, de gré ou de force, lie les Européens. Elle souligne aussi les manques d&#8217;une Union européenne trop intergouvernementale et encore exagérément frileuse. La décision du Conseil européen peut être un nouveau départ ou une simple réaction technique. L&#8217;Europe, si elle veut avoir un avenir dans la mondialisation et non décrocher, mérite mieux qu&#8217;un sursaut vague et circonstanciel.</p>
<p><em>Cet article a également été publié sur le <a href="http://moscovici.typepad.fr/blognational/2010/02/le%C3%A7ons-de-la-crise-grecque.html" target="_blank">blog de Pierre Moscovici</a></em></p>
<p><em>Photos : CC daftgirly, Marylise Doctrinal</em></p>
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		<title>Le Traité de Lisbonne suffit-il à relancer l&#8217;Europe politique?</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Feb 2010 21:58:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>b2g</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Pierre Moscovici, Conférence à l&#8217;ENA du 28 janvier 2010
I. La construction difficile de l’europe politique
Avant toute chose, qu’entend-on par Europe politique? 
Le terme recouvre trois acceptions. 

Par Europe politique, on entend en général en premier lieu les institutions et les politiques propres de l&#8217;Union, d&#8217;essence non gouvernementale, c&#8217;est-à-dire les structures, les politiques communes et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="mceTemp"><span style="font-size: medium">Par Pierre Moscovici, Conférence à l&#8217;ENA du 28 janvier 2010</span></div>
<p><span style="font-size: medium"><strong>I. La construction difficile de l’europe </strong></span><span style="font-size: medium"><strong>politique</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>Avant toute chose, qu’entend-on par Europe politique?</strong></span></span><span style="font-size: medium"><strong> </strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium">Le terme recouvre trois acceptions. </span></p>
<ol>
<li><span style="font-size: medium">Par Europe politique, on entend en général </span><span style="font-size: medium"><strong>en premier lieu les institutions et les politiques propres de l&#8217;Union, d&#8217;essence non gouvernementale</strong></span><span style="font-size: medium">, c&#8217;est-à-dire les structures, les politiques communes et les actions assimilées (élargissement, euro, PAC, politique de la concurrence, négociations commerciales extérieures&#8230;), pour lesquelles il y a transfert de souveraineté.</span></li>
<li><span style="font-size: medium"><strong>En second lieu, le terme d&#8217;Europe politique fait référence à la puissance dégagée collectivement par l&#8217;Union européenne</strong></span><span style="font-size: medium"> à travers les actions décidées d&#8217;un commun accord par les États membres – PESC et PESD, tout particulièrement.</span></li>
<li><span style="font-size: medium">Pour finir, </span><span style="font-size: medium"><strong>on utilise aussi le terme d&#8217;Europe politique pour faire référence à la construction d&#8217;un jeu partisan</strong></span><span style="font-size: medium"> à l&#8217;échelle communautaire: l&#8217;Europe politique est alors le terrain d&#8217;affrontement de partis politiques européens – PSE, PPE, libéraux, Verts, Gauche unie européenne&#8230; &#8211; qui cherchent à orienter la construction de l&#8217;Europe selon des lignes idéologiques plus ou moins identifiées et marquées. Je n&#8217;aborderai pas cette dernière dimension ici, elle est importante mais nous éloignerait du sujet du jour.</span></li>
</ol>
<p><span style="font-size: medium">Ces trois « Europe politique » ont connu des fortunes diverses. Elles sont toutes en chantier permanent. Elles voient toutes leur efficacité étroitement – très étroitement – conditionnée par l&#8217;architecture institutionnelle de l&#8217;Union. Dernier point commun: il est urgent de toutes les renforcer. Pourquoi? </span><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;idée principale que j&#8217;aimerais défendre ici, c&#8217;est qu&#8217;il faut défendre l&#8217;Europe politique, parce que cette dimension de l&#8217;entreprise communautaire est nécessaire pour répondre aux nouveaux défis mondiaux, et parce qu’elle conditionne largement la puissance de l&#8217;Union dans le monde tel qu&#8217;il se redessine. J’y reviendrai.</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>L&#8217;Europe politique à la traîne: pourquoi? </strong></span></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong><span style="font-size: medium"><img class="alignleft" src="http://farm4.static.flickr.com/3049/2745493096_bf8b385d6d_m.jpg" alt="" width="160" height="240" /></span>Mais parlons tout d&#8217;abord des raisons du retard de l&#8217;Europe politique par rapport à l&#8217;Europe économique. Ce retard n&#8217;est aujourd&#8217;hui contesté par personne.</strong></span><span style="font-size: medium"> En effet, si l&#8217;Union a réussi – bien réussi – son intégration économique, </span><span style="font-size: medium"><strong>la dimension politique est à la traîne</strong></span><span style="font-size: medium">. Du côté économique, le marché commun a été lancé par le traité de Rome en 1958, dans le double but d&#8217;accroître la prospérité économique et de contribuer à «l&#8217;union sans cesse plus étroite entre les peuples». </span><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;intégration économique</strong></span><span style="font-size: medium"> a ensuite connu une accélération majeure avec l&#8217;Acte unique européen de 1986, qui a inscrit dans le traité CEE l&#8217;objectif du marché intérieur en le définissant comme «un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assurée». </span><span style="font-size: medium"><strong>Aujourd&#8217;hui, la majeure partie du cadre juridique relatif au marché intérieur est en place et le débat se concentre sur l&#8217;efficacité et l&#8217;impact de la réglementation européenne dans les secteurs couverts</strong></span><span style="font-size: medium">. Il reste bien sûr des secteurs qui échappent à l&#8217;ouverture de la concurrence, et des barrières invisibles. Mais dans l&#8217;ensemble le continent européen connaît aujourd&#8217;hui un degré d&#8217;intégration économique élevé. Enfin, l&#8217;ensemble a été couronné par la réalisation de l&#8217;Union économique et monétaire, prévue par le traité de Maastricht de 1992, incarnée par la monnaie unique, l&#8217;euro. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Cette intégration économique ne trouve pas son pendant dans un niveau d&#8217;intégration politique équivalent. </strong></span><span style="font-size: medium">Du côté des politiques communes, le bilan est inégal. L&#8217;Union est devenue, à bien des égards, l&#8217;empire de la norme, mais là les zones de « béance » sont bien plus importantes – notamment en matière sociale. Du côté des politiques intergouvernementales, enfin, la défense et la diplomatie sont demeurées « traditionnelles », c&#8217;est-à-dire qu&#8217;elles fonctionnent toujours sur le strict accord de tous les Etats membres, sans décision majoritaire, sans impulsion communautaire, sans mutualisation budgétaire, comme au sein de n&#8217;importe quelle organisation multilatérale classique. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Il serait difficile de détailler l&#8217;intégralité des facteurs qui permettent d&#8217;expliquer ce déséquilibre entre le versant politique et le versant économique de l&#8217;Union. Beaucoup sont néanmoins connus:</strong></span></p>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>Il y a, tout d&#8217;abord, le poids des circonstances</strong></span><span style="font-size: medium">: la tourmente économique de la deuxième moitié des années 1970, le constat que les attentes de bien-être général découlant du marché commun ont été déçues, ont conduit à une politique sociale plus proactive – mais aussi tardive &#8211; au niveau communautaire. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en 1974, le Conseil a adopté le premier programme d’action sociale – la date en dit long: l&#8217;Union est trop souvent dans la réaction, elle ne se construit politiquement que dans la crise, dans l&#8217;urgence, dans la difficulté. Elle ne s&#8217;approfondit que lorsqu&#8217;elle est vraiment en danger. </span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;absence de volonté politique et l&#8217;attachement des États membres à leur souveraineté</strong></span><span style="font-size: medium">: c&#8217;est l&#8217;une des causes les plus importantes de la faiblesse du volet « justice et affaires intérieures » par exemple. Les péripéties du mandat d&#8217;arrêt européen illustrent bien cette ambivalence: l&#8217;Union a commencé à discuter de cet outil dès le milieu des années 1990, mais il n&#8217;a pu faire l&#8217;objet d&#8217;un projet de décision-cadre qu&#8217;en décembre 2001, après que le 11 septembre ait fait tomber l&#8217;ultime opposition de l&#8217;Italie, ralliant les derniers gouvernements les plus réticents dans le choc des attentats. Mais, signe de l&#8217;hésitation des États, la mise en œuvre a longtemps été défaillante: alors que l&#8217;entrée en vigueur était prévue au 1er janvier 2004, seuls 8 États membres ont transposé dans les délais cet instrument dans les législations nationales. On voit bien, dans un domaine hautement sensible – la politique pénale – comment les souverainetés nationales peuvent constituer un frein puissant aux tentatives d&#8217;approfondissement de l&#8217;Europe politique.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>Il y a bien sûr la question centrale des institutions, au sens large</strong></span><span style="font-size: medium"> &#8211; incluant, donc, les modes de décision. Elles peuvent accélérer, et le plus souvent ralentir, l&#8217;approfondissement de la construction politique communautaire. Un exemple rapide: le règlement CE n°883/2004 du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale a remplacé un règlement de référence datant de 1971 sur le sujet. Il s&#8217;agit d&#8217;un texte essentiel, qui doit permettre à chaque personne de bénéficier du même traitement en matière de sécurité sociale partout dans l&#8217;Union. Mais ce règlement n&#8217;est toujours pas entré en vigueur, parce que le règlement d&#8217;application n&#8217;a pas été voté, bloqué au Conseil dans des procédures trop rigides.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>A ces facteurs s’ajoute ce qu’on appelle de manière vague mais commode « le déficit démocratique » de l’Union – </strong></span><span style="font-size: medium">déficit qui, de fait, sape les efforts des partisans de l’Europe politique, parce qu’il s’attaque à la crédibilité et la légitimité mêmes de la construction communautaire. Ce déficit trouve son origine dans un sentiment populaire, plus fort en période de crise, qui voit dans l’Union un appareil bureaucratique inefficace, inapte à répondre aux défis économiques contemporains et à renforcer la cohésion sociale, incapable de mobiliser des ressources budgétaires au demeurant faibles pour répondre réellement aux préoccupations des citoyens de l’Union. Exacte ou pas, cette perception est un frein majeur à l’approfondissement d’une Europe politique dont on raille l’impuissance, et dont on craint même la nocivité (poids de la régulation, crainte des inflexions trop libérales, rejet de la libre circulation des travailleurs…)</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;urgence principale de l&#8217;Europe politique vient du défi du grand élargissement aux pays d&#8217;Europe centrale et orientale.</strong></span><span style="font-size: medium"> Celui-ci, après la chute du mur de Berlin était incontournable, nécessaire, il aurait pu, il aurait dû être un projet historique, celui de la réunification de l&#8217;Europe. Il a été abordé avec parcimonie, réticence, sans générosité ni profondeur, ce qui explique le malaise européen d&#8217;aujourd&#8217;hui. Cet élargissement, perçu comme une contrainte, aurait pu être un idéal, celui de la réunification de l&#8217;Europe. Il change la nature de l&#8217;Europe, qui devient plus grande, nombreuse, hétérogène, inégale. En tout cas, il exigeait une adaptation profoinde des institutions de l&#8217;Union, pensées par 6, grippées à 15, bloquées à 27. Il fallait revoir le nombre des députés européens, modifier le nombre de voix au Conseil européen, changer le système de décision, réformer la Commission. C&#8217;est ce chantier de la révision institutionnelle que l&#8217;Union affronte depuis 15 ans, à travers les traités d&#8217;Amsterdam, Nice, le TCE, Lisbonne – c&#8217;est ce défi qu&#8217;elle n&#8217;est pas parvenue à maîtriser convenablement, c&#8217;est cette crise rampante que le Traité de Lisbonne vient clore, imparfaitement mais heureusement.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>Il y a enfin, on le sait, le jeu des influences extérieures, et en particulier l&#8217;ambiguë position américaine sur la construction politique communautaire</strong></span><span style="font-size: medium">. C&#8217;est toute l&#8217;ambivalence – et l&#8217;hypocrisie – de la position d&#8217;un Robert Kagan dans son article « puissance américaine, faiblesse européenne »: l&#8217;Europe serait cette construction molle, sans bras armé, qui appellerait sans cesse au secours son partenaire transatlantique pour répondre à des défis militaires qu&#8217;elle est incapable de relever seule. Mais lorsque l&#8217;Union cherche à renforcer ses capacités de défense et la PESD, les craintes d&#8217;un affaiblissement de l&#8217;OTAN sapent les efforts dans ce domaine. </span></li>
</ul>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Tout cela émaille la construction européenne au long de son histoire : le danger d&#8217;un regard rétrospectif sur la construction politique européenne réside donc dans l&#8217;impression de linéarité qui s&#8217;en dégage, alors que cette construction n&#8217;a jamais fait l&#8217;objet d&#8217;un consensus. La construction politique de l&#8217;Europe connaît ainsi, régulièrement, des phases de crise et de ralentissement</strong></span><span style="font-size: medium">. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><img class="alignright" src="http://farm1.static.flickr.com/207/512739227_893857e82f_m.jpg" alt="" width="240" height="180" />Je vais en prendre deux exemples. Le premier est celui de 1966, date à laquelle la CEE traverse une crise importante alors que se profile le cap délicat du passage à la troisième étape de la période de transition, à l&#8217;occasion de laquelle les modalités de vote devaient changer au sein du Conseil. Ce changement de vote traduisait une accentuation de la supranationalité dans la Communauté. S&#8217;opposant à un ensemble de propositions de la Commission traitant entre autres du financement de la politique agricole commune, la France cesse de participer aux principales réunions communautaires (&#8220;</span><span style="font-size: medium"><strong>politique de la chaise vide</strong></span><span style="font-size: medium">&#8220;) et exige, pour reprendre sa place, un accord politique sur le rôle de la Commission et le vote majoritaire qui implique une révision d&#8217;ensemble du système des traités. Finalement, on parvient, en janvier 1966, au compromis de Luxembourg, selon lequel, lorsque des intérêts très importants d&#8217;un ou de plusieurs pays sont en jeu, les membres du Conseil s&#8217;efforcent d&#8217;arriver à des solutions qui puissent être adoptées par tous dans le respect de leurs intérêts mutuels – en clair, une sorte de droit de veto.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Un autre blocage aura lieu au début des années 1980 avec la question de la contribution budgétaire britannique. Celui-ci sera dépassé aussi, mais plus difficilement, et certainement de manière moins convaincante</strong></span><span style="font-size: medium">. Arrivée au pouvoir en 1979, Margaret Thatcher, Premier ministre conservateur, réclame aussitôt avec vigueur une réduction de la contribution britannique – le fameux « I want my money back ! » La querelle budgétaire se transforme vite en un puissant facteur de paralysie pour la Communauté. Il faut attendre le Conseil européen de Fontainebleau (25-26 juin 1984) pour sortir du blocage. Le Conseil accepte le principe de la correction réclamée et accorde à la Grande-Bretagne une « compensation » annuelle. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><strong>Loin d&#8217;être un sujet consensuel, la construction politique de l&#8217;Union a donc toujours fait l&#8217;objet d&#8217;un combat. </strong></span></span><span style="font-size: medium"><span>Elle a connu des coups d&#8217;arrêt comme des phases de ralentissement parfois prolongées. Et partant, comme le disait Galilée, elle « tourne »; plus, elle avance, elle progresse, elle élargit à la fois sur le plan son périmètre et son champ. mais du coup elle perd aussi, petit à petit, sa cohésion, devient plus hétérogène, plus inégale, moins gouvernable, moins lisible. </span></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>II. Le Traité de Lisbonne : une avancée du chantier institutionnel, sans veritable vision politique</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>J’ai pour ma part la conviction – et je la crois partagée par tous ou en tout cas une grande majorité – que la construction de l’Europe politique passe nécessairement par le chantier de la réforme institutionnelle. </strong></span><span style="font-size: medium">En ce sens, l’échec il y a maintenant cinq ans de la ratification du Traité établissant une Constitution pour l&#8217;Europe (TCE) a été une immense occasion manquée, tant il aurait doté l&#8217;Union d&#8217;instruments plus performants pour mieux naviguer dans la crise actuelle. </span><span style="font-size: medium">Cet échec a été à la fois un symptôme et un facteur d’une crise caractérisée par l’euroscepticisme, le ralentissement de la construction communautaire, et l’incertitude sur le contenu du projet européen. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><strong>Il y a, cependant, dans le Traité de Lisbonne, de quoi faciliter la construction de cette Europe politique presque introuvable.</strong></span></span><span style="font-size: medium"> Je n&#8217;en propose pas une liste exhaustive, vous aurez – si ce n’est pas déjà fait – l’occasion de les aborder lors de vos autres séminaires, mais parmi les éléments les plus remarquables, on peut noter:</span></p>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">L&#8217;institutionnalisation du Conseil européen, qui n&#8217;était jusque là qu&#8217;une instance décisive, mais informelle;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">La fin de la présidence tournante du Conseil européen, pour garantir une certaine cohérence et une certaine stabilité aux orientations communautaires (même si les programmes conjoints sur dix-huit mois permettent de « lisser » les effets des présidences tournantes), et de donner un visage à l&#8217;Union à l&#8217;extérieur;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">La création d&#8217;un haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité : quasi-ministre des Affaires étrangères, également vice-président de la Commission, destiné à coordonner l&#8217;action extérieure de l&#8217;Europe</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">La reconnaissance d&#8217;une valeur juridique contraignante à la Charte des droits fondamentaux, en tout cas pour 25 des Etats membresqui pourrait – si la volonté politique suit – servir de base juridique à de nouveaux pans pour la législation communautaire, plus tournés vers le politique et le social;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">L&#8217;élargissement des objectifs de l&#8217;Union, pour « recentrer » un peu l&#8217;axe de la construction communautaire, s&#8217;éloigner peut-être de l&#8217;impératif d&#8217;intégration économique pour mettre l&#8217;accent sur les dossiers plus politiques;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">Une procédure de retrait volontaire, qui permettraient à ceux des États membres qui sont les plus sceptiques sur la construction de l&#8217;Europe politique de prendre, éventuellement, une saine distance; </span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">La personnalité juridique accordée à l&#8217;Union, avec ce que cela ouvre comme possibilité d&#8217;actions élargie et de représentation dans les instances internationales, sans compter la simplification de nombre de procédures;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">La fusion, certes incomplète, des piliers, l&#8217;ensemble des politiques européennes, à l&#8217;exception de la politique étrangère relevant désormais d&#8217;une seule et unique méthode, la méthode jusqu&#8217;ici appelée communautaire. On attend beaucoup de cette simplification, qui doit donner un élan aux politiques de l&#8217;Union;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">L&#8217;extension de la codécision, qui devient la procédure de « droit commun », ce qui doit permettre de « démocratiser » davantage le processus de prise de décision, notamment en matière politique et donner un rôle accru au Parlement européen;</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>Ce même Parlement européen</strong></span><span style="font-size: medium"> passe de 785 membres au lieu de 751. Ses pouvoirs sont renforcés avec l&#8217;extension de la codécision à plus de 40 nouveaux domaines, notamment en matière de justice et affaires intérieures, mais aussi en matière budgétaire, dans l&#8217;approbation des accords internationaux et dans sa fonction de contrôle politique de la Commission. Il en élit désormais le Président, sur proposition du Conseil qui devra « tenir compte des élections au Parlement européen ». Les droits et obligations des parlements nationaux sont par ailleurs confortés, en particulier à travers le contrôle de l’application du principe de subsidiarité.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium"><strong>La nouvelle majorité qualifiée est désormais fondée sur une double majorité</strong></span><span style="font-size: medium"> d&#8217;États et de population. Un texte ne sera donc adopté au Conseil que s’il obtient au moins l&#8217;accord de 55% des États de l&#8217;Union représentant au moins 65% de la population de l&#8217;Union. Lorsque le Conseil ne statue pas sur proposition de la Commission, la majorité qualifiée doit atteindre au moins 72 % des États. Cependant, cette règle ne sera applicable qu’en 2014, voire 2017, et plusieurs dispositions confortent les droits de la minorité.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">La suppression de la mention de la « concurrence libre et non faussée » parmi les objectifs de l&#8217;Union a répondu à une demande de la France, qui a fait valoir que la concurrence était un moyen, non un objectif. On se souvient que la mise en avant de la « concurrence libre et non faussée » par le traité constitutionnel avait suscité de nombreuses critiques lors du débat référendaire. Pour autant, elle ne disparait pas complètement : le nouvel article 97 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (anciennement Traité instituant la Communauté européenne, ou Traité CE) fait, par exemple, référence à « une économie de marché ouverte à la concurrence et libre ». Le nouveau traité précise également dans un protocole que le marché intérieur comporte un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">Le traité crée un droit d&#8217;initiative citoyenne qui permet aux citoyens européens, dès lors qu’ils réunissent un million de signatures au moins provenant d’un nombre significatif d’États membres, demander à la Commission de proposer un « projet de loi ». Est également reconnue l&#8217;importance du dialogue entre les citoyens, les associations de la société civile et les institutions de l&#8217;Union (en particulier la Commission), renforçant ainsi la possibilité donnée aux organisations et aux associations de la société civile de prendre part aux décisions européennes.</span></li>
</ul>
<ul>
<li><span style="font-size: medium">De nombreuses clauses pour renforcer le poids politique de l&#8217;Union sur la scène internationale: élargissement des missions de l&#8217;Union en matière de PESC / PESD, clause de défense mutuelle, mise en place d&#8217;un service européen pour l&#8217;action extérieure&#8230;</span></li>
</ul>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Toutes ces modifications – qui étaient d&#8217;ailleurs dans le TCE – peuvent permettre, j&#8217;en suis sûr, de donner un vrai coup d&#8217;accélérateur à une Europe politique</strong></span><span style="font-size: medium"> qui semblait pourtant plongée dans l&#8217;impasse pour une durée indéterminée depuis 2005. </span><span style="font-size: medium"><strong>D’une certaine manière, le TCE, pour lequel j&#8217;ai voté, dont j&#8217;avais été un des artisans au sein de la Convention européenne, avait tenté d’apporter des éléments de réponse plus précis, et réactualisés, à la question des objectifs de l’Union</strong></span><span style="font-size: medium">. Les objectifs principaux énoncés dans le TCE de l&#8217;Union étaient la promotion de la paix, de ses valeurs et du bien-être de ses peuples. À ces objectifs généraux s&#8217;ajoutait une liste d&#8217;objectifs plus détaillés, et un peu hétéroclites : un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures ; un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ; le développement durable, fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, sur une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social et sur un niveau élevé de protection et d&#8217;amélioration de la qualité de l&#8217;environnement, la promotion du progrès scientifique et technique et la solidarité entre les générations ainsi que la protection des droits des enfants. La diversité culturelle et linguistique ainsi que la sauvegarde et le développement du patrimoine culturel européen devenaient également des objectifs de l&#8217;Union. Il commençait à devenir complexe d’avoir une vision d’ensemble…</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Par contraste, le Traité de Lisbonne se caractérise, lui, comme un texte essentiellement technique et pragmatique, loin de tout grand dessein et de grande ambition. </strong></span><span style="font-size: medium">Les chefs d’Etat et de gouvernement ont justement voulu un texte dépouillé de toute « grande envolée lyrique », ils ont visé un « mini-traité », en tout cas un traité fonctionnel, ils ont voulu écarter la question des objectifs finaux de l’Union, trop complexe, trop polémique, trop instable, pour se concentrer sur des modifications plus techniques. Tout ce qui pouvait donner une « âme », un poids symbolique au texte – le nom de « Constitution », l&#8217;insertion de la Charte des droits fondamentaux reprise au complet, la référence aux symboles de l&#8217;Union&#8230; &#8211; a été écarté. Pour autant, q</span><span style="font-size: medium"><strong>u’on ne s’y trompe pas : l</strong></span><span style="font-size: medium"><strong>&#8216;entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, même s&#8217;il n&#8217;est pas parfait, est en soi une bonne nouvelle, et je ne peux que la saluer.</strong></span><span style="font-size: medium"> Il s’agit d’une avancée modeste – que je souhaitais certes plus poussée &#8211; mais certaine, par rapport au Traité de Nice. </span><span style="font-size: medium">On gagne en efficacité, en transparance, en XXX. Mais par rapport au TCE, on perd en souffle et en rêve. En tout cas, la question des objectifs finaux reste ouverte et tout aussi cruciale. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Je crains toutefois que l’on ne se dirige peu vers ce que j’appelle une « Europe pragmatique » </strong></span><span style="font-size: medium">: une Union européenne qui délaisse ses projets intégrationnistes les plus ambitieux et les plus controversés. Les réformes institutionnelles les moins polémiques sont introduites peu à peu, sans être chapeautées par une vision d&#8217;ensemble, en un processus de juridicisation rampante auquel participe fortement la Cour. L&#8217;Union recentre son action sur ce qui fait consensus dans une Europe élargie (liberté et justice intérieure, droits de l&#8217;homme…). Son administration se réduit. Elle ne se mobilise plus que sur des projets ponctuels, spécifiques, très concrets, de court terme, sans une coordination d&#8217;ensemble, et dont les résultats tangibles sont particulièrement visibles. Elle intervient épisodiquement dans l&#8217;arène internationale pour appuyer son allié historique, les Etats-Unis. Les leaders nationaux se désintéressent du projet européen et se concentrent sur leurs scènes nationales respectives.</span></p>
<p>Une version plus positive de cette Europe pragmatique serait une &#8220;Europe des projets&#8221;, c&#8217;est-à-dire une Europe qui s&#8217;incarnerait au travers de programmes ponctuels, précis, concrets. Il y a beaucoup à tirer de cette approche</p>
<p><span style="font-size: medium">, notamment en ce qui concerne les domaines de l&#8217;innovation (Galileo est un exemple de succès d&#8217;une telle approche; mais un programme pour la compétitivité et l&#8217;innovation, réformé, approfondi, simplifié, éclairci, ferait sans doute aussi beaucoup pour aider l&#8217;Europe à rattraper son retard technologique), mais aussi les transports (avec le renforcement des réseaux transeuropéens de transport, par exemple, qui désenclave les régions et contribuent à leur croissance économique), la protection des consommateurs (un programme santé et consommateurs disposant de plus de moyens serait un excellent complément aux politiques nationales de prévention). </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong><img class="alignright" src="http://farm4.static.flickr.com/3630/3396142565_96d3e12b9e.jpg" alt="photo de jyemji" width="171" height="305" />Mais ce scénario de l&#8217;Europe des projets n&#8217;est pas non plus une panacée</strong></span><span style="font-size: medium">. Tout d&#8217;abord, parce que pour avancer plus vite et plus loin, les grandes nations européennes désireuses de développer une telle Europe des projets devront mettre en place des logiques différenciées, qu&#8217;il s&#8217;agisse de renforcer la cohésion économique et sociale de la zone euro, de poursuivre une politique ambitieuse d&#8217;intégration dans le domaine de la défense ou de l&#8217;action extérieure, de mener de grands travaux de recherche ou d&#8217;infrastructure; ce qui veut dire que la construction politique européenne verra encore sa complexité s&#8217;accroître, avec des programmes et des organes à géométrie variable. Ensuite, parce que les voies par lesquelles la dynamique d&#8217;une Europe des projets pourrait se transmettre à l&#8217;ensemble de la construction politique communautaire restent incertaines.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>On en a eu la démonstration avec le passage à l&#8217;euro: l&#8217;Union économique et monétaire devait être un projet fédérateur</strong></span><span style="font-size: medium">, entraînant une intégration économique de la zone euro allant bien au-delà de la réalisation du marché unique. L&#8217;unification des marchés de capitaux, l&#8217;apparition d&#8217;un vaste marché d&#8217;obligations privées, l&#8217;accélération des concentrations, et l&#8217;intégration des services financiers à l&#8217;échelle de la zone euro devait en faire un ensemble économique plus concurrentiel et plus interdépendant que ne l&#8217;était le marché unique. Pour autant, ce grand projet n&#8217;a pas permis d&#8217;insuffler à l&#8217;Europe un élan durable. Enfin, cette Europe des projets ne doit pas servir de cache-misère à une construction politique communautaire qui s&#8217;éparpillerait au grès d&#8217;initiatives ponctuelles en dehors de toute direction stratégique d&#8217;ensemble. Car si l&#8217;Europe a besoin de projets concrets, de pragmatisme, elle doit également les subordonner à une réflexion stratégique globale après avoir formulé les fondements de son action politique. </span></p>
<p><span style="font-size: medium">J’ai bien peur que la nouvelle nomination d’un Président de la Commission à l’approche minimaliste comme Barroso, un Haut représentant pour la politique étrangère effacé et un Président permanent du Conseil européen privilégiant une interprétation restrictive de son mandat, comme le sont respectivement Catherine Ashton et Herman Von Rumpuy signifie bel et bien que l’Union européenne avance dans ce sens, celui d&#8217;une entité sans grande vision ni ambition. Je vais vous dire pourquoi.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;un des défauts majeurs de cette désignation réside dans la procédure choisie. Celle-ci a les caractéristiques classiques des conclaves européens.</strong></span><span style="font-size: medium"> Elle est opaque, voire secrète. Elle est un marchandage hyper-réaliste, presque sordide, sans le moindre esprit européen, cantonné dans le champ intergouvernemental. Elle ne privilégie donc pas les qualités requises pour exercer l&#8217;une ou l&#8217;autre responsabilité, mais reflète l&#8217;équilibre des pouvoirs entre les forces politiques et les Etats de l&#8217;Union. En l&#8217;occurence, le ticket retenu entérine de facto la domination des « grands » Etats, l&#8217;existence d&#8217;un « directoire », que manifeste davantage encore, la répartition des portefeuilles au sein de la nouvelle Commission européenne, qui fait la part belle à l&#8217;Allemagne, la France et l&#8217;Italie, responsables de l&#8217;Energie pour la première, du Marché intérieur et des services financiers pour la seconde, et de l&#8217;Industrie et de l&#8217;entreprenariat pour la troisième. Une démarche plus transparente, supposant la publicité des candidatures, la présentation de celles-ci à travers des plans d&#8217;action, un débat public, eût été largement préférable. Tant qu&#8217;elle ne sera pas mise en oeuvre, l&#8217;Europe sera condamnée aux deuxièmes choix ou aux seconds couteaux.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Loin de moi par ailleurs l&#8217;idée de faire le procès a priori des deux nouveaux responsables européens: on ne parvient évidemment pas à un tel niveau dans la vie publique sans posséder des qualités éminentes.</strong></span><span style="font-size: medium"> Mais il semble qu&#8217;à un Président du Conseil européen qui puisse être un quasi-chef d&#8217;Etat, capable d&#8217;identifier, d&#8217;incarner l&#8217;Europe aux yeux de ses propres citoyens et dans le monde, les Chefs d&#8217;Etat et de gouvernement ont préféré un mécanicien, simplement chargé de préparer et animer les quatre réunions annuelles du Conseil européen, de faciliter le consensus. De même, le haut représentant, de son côté, pouvait faire figure de ministre des Affaires étrangères, homologue du « Secrétaire d&#8217;Etat » américain, mais ne sera au final que le successeur de Javier Solana, à la fois bon politique et haut diplomate. Personne n&#8217;imagine Herman Van Rompuy égaler Barack Obama, ni même s&#8217;imposer à Nicolas Sarkozy et Angela Merckel, personne ne voit Catherine Ashton impressionner Hillary Clinton. Tous deux auront, je l&#8217;espère, de l&#8217;entregent, pourquoi pas du talent, mais ils ne pourront pas avoir d&#8217;autorité ni un grand prestige.</span></p>
<p><span style="font-size: medium">Le Traité de Lisbonne est donc, selon moi, une amélioration bienvenue, il va faciliter la marche de l&#8217;Union. Il sera sans doute notre règle commune pendant de longues années – il faut arrêter le feuilleton institutionnel, et stabiliser le cadre politique. Il ne suffit toutefois pas à relancer l&#8217;Europe.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>III. De nombreux chantiers restent en friche dans l’Europe de Lisbonne</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium">Je vais en distinguer, de façon arbitraire, 4 :</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><strong></strong></span></span><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>L’Europe manque cruellement de poids et de cohésion sur la scène internationale. </strong></span></span><span style="font-size: medium">Il est pourtant plus que nécessaire pour l’Europe de peser une scène internationale reconfigurée depuis 1957. Quels sont les traits de cette nouvelle configuration? Nous avons, tout d&#8217;abord, l&#8217;impact de la mondialisation, mais aussi un récit de la mondialisation dont la dominante américaine ou occidentale diminue rapidement, au profit d&#8217;une Asie émergente, autocratique (Chine communiste) ou démocratique (Inde). Nous pouvons noter également une forme de retour au multilatéralisme: les mêmes raisons qui érodent la capacité américaine à structurer le système mondial après un bref « moment unipolaire » &#8211; fardeau financier, moralité improbable&#8230; &#8211; jouent aussi contre une reprise pure et simple du modèle hégémonique par les puissances émergentes. Il ne s&#8217;agit pas ici de nier le caractère central des Etats aujourd&#8217;hui sur la scène internationale, ni de partir du principe que la violence y jouerait un rôle moins important. Le « hard power » restera une composante essentielle de la puissance à l&#8217;avenir, mais pas la seule.</span></p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 410px"><img class=" " src="http://farm4.static.flickr.com/3593/3389785138_c12c7852b8.jpg" alt="Photo de european parlement" width="400" height="400" /><p class="wp-caption-text">Photo de european parlement</p></div>
<p>1.<span style="font-size: medium"><strong>Un élément peut-être à ajouter dans ce tableau: la prise de conscience du nécessaire changement de niveau pour agir, face à des problèmes et des phénomènes qui font fi des frontières étatiques. </strong></span><span style="font-size: medium">Je pense bien sûr en tout premier lieu au changement climatique: lutter contre la dégradation du climat à l&#8217;échelle nationale, sans coordination transnationale, n&#8217;a pas de sens. Cette prise de conscience est ancienne – l&#8217;Europe sait mieux que toute autre organisation régionale quelle valeur l&#8217;action à l&#8217;échelle supranationale peut avoir – mais l&#8217;orientation de cette action, autrefois essentiellement tournée vers la disparition des frontières, change lentement. Il ne s&#8217;agit plus simplement d&#8217;être plus gros pour peser plus dans le commerce mondial, mais de peser dans la définition des réponses politiques aux défis économiques, humains, sociaux, environnementaux, que l&#8217;accroissement du commerce mondial a créé. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><strong>2. </strong></span></span><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>La crise financière, révélatrice du manque de cohésion et de coordination de l’Europe politique</strong></span></span><span style="font-size: medium"><em><span style="text-decoration: underline"><strong> </strong></span></em></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>La crise, financière à ses débuts en 2008, aujourd&#8217;hui étendue à « l&#8217;économie réelle », à laquelle l&#8217;Union a été incapable de répondre de manière suffisante et coordonnée, montre combien des réformes beaucoup plus avancées que celles du Traité de Lisbonne sont nécessaires pour retrouver la voie d’une construction politique de l’Europe</strong></span><span style="font-size: medium">. </span><span style="font-size: medium"><strong>Les erreurs ont été nombreuses</strong></span><span style="font-size: medium">: tout d&#8217;abord, alors que la crise a commencé à se manifester dès janvier 2007, la Commission a attendu novembre 2008 pour proposer une réponse à l&#8217;échelle européenne: </span><span style="font-size: medium"><strong>ce calendrier, inadéquat, en décalage par rapport à la gravité de la crise</strong></span><span style="font-size: medium">, hypothèque largement l&#8217;efficacité des mesures proposées pour y répondre. </span><span style="font-size: medium"><strong>De plus, cette réponse a été insuffisance, à tous les points de vue</strong></span><span style="font-size: medium">.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Sur le plan budgétaire, la Commission européenne avait évoqué un plan de relance de 200 milliards d&#8217;euros (1,5% du PIB européen) destiné à aider les pays européens à faire face à la crise économique et financière.</strong></span><span style="font-size: medium"> C&#8217;était à la fois en fait assez modeste par rapport à ce qu&#8217;une zone économique équivalente – les Etats-Unis – prévoit (soutien au crédit à la consommation et au marché immobilier à hauteur de 800 milliards de dollars à l&#8217;époque). Surtout, il s&#8217;agit d&#8217;une présentation tendancieuse de l&#8217;effort budgétaire réellement engagé: sur les 200 milliards d&#8217;euros prévus, les Etats ont apporté à eux seuls 170 milliards. Le budget de l&#8217;UE et la Banque européenne d&#8217;investissement (BEI), bras financier de l&#8217;UE, n&#8217;ont contribué qu&#8217;à hauteur des 30 milliards d&#8217;euros restant.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Les propositions elles-mêmes ont été très décevantes</strong></span><span style="font-size: medium">: en réalité, le « plan » de relance de M. Barroso de novembre 2008 a consisté, pour une très large part, à emballer et donner un label européen aux plans nationaux de chaque Etat membre. En fait de « plan de relance », la Commission n&#8217;a donc proposé pour l&#8217;essentiel que l&#8217;addition des mesures nationales, aucune augmentation du budget européen n&#8217;étant prévue. La Commission s&#8217;est cantonnée ici à une approche faible, visant simplement à tenter de limiter les divergences de politiques économiques entre Etats membres et à encadrer leurs pratiques. En d&#8217;autres temps (1993), et en plein marasme économique, Jacques Delors avait poussé son « plan pour la croissance, la compétitivité et l’emploi », avec une ambition toute différente. On aurait pu espérer une augmentation significative du budget, une politique de grands travaux, des investissements renouvelés dans la recherche et l’éducation, une harmonisation fiscale&#8230; On aboutit en fait à un mécanisme qui manque singulièrement d&#8217;ampleur et d&#8217;imagination, et qui oublie les nécessaires mécanismes de coordination entre Etats membres. </span><span style="font-size: medium"><strong>La faiblesse de cette réponse européenne, pourtant très largement attendue, est une manifestation du désarroi des dirigeants européens et de l&#8217;impasse communautaire dans laquelle l&#8217;UE était plongée.</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><span><strong>3. </strong></span></span></span><span style="font-size: medium"><span><span style="text-decoration: underline"><strong>L&#8217;absence de volonté de doter l&#8217;Europe des moyens adéquats pour une action politique efficace. </strong></span></span></span></p>
<p><span style="font-size: medium">Cela m’amène à évoquer l’autre serpent de mer de l’intégration européenne : celle du budget. </span><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;Europe n&#8217;a pas de budget à la hauteur de ses besoins</strong></span><span style="font-size: medium">. Le budget de l&#8217;UE est plafonné, il est en pratique de 1% du PIB communautaire. Cette limite a toujours existé. Elle est devenue un handicap majeur au fur et à mesure que s&#8217;accroissait le champ des politiques communes. Comment mettre en oeuvre les objectifs de la stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000 qui visait à faire de l&#8217;Europe « l&#8217;économie la plus compétitive du monde »? </span><span style="font-size: medium"><strong>Faute de volonté politique pour défendre une construction européenne qui ne fait plus consensus, et pour la doter des moyens adéquats, les perspectives financières pour la période 2007-2013 se situent très en dessous de ce qui avait été demandé par le Parlement européen pour les dépenses d&#8217;avenir</strong></span><span style="font-size: medium">, qu&#8217;il s&#8217;agisse des postes &#8220;Compétitivité et croissance&#8221; ou &#8220;fonds structurels et fonds de cohésion&#8221; (les fonds structurels s&#8217;élèveront à 307,9 milliards d&#8217;euros, soit 35,7% du budget total de l&#8217;UE, pour la période 2007-2013, au lieu des 336 prévus initialement par la Commission). La Présidence française de l&#8217;Union européenne, qui devait se saisir de la difficile question de la révision du budget (qui devait intervenir « à l’horizon 2008-2009 ») pour corriger le tir, absorbée par les crises multiples, ne s’est pas penchée sur le dossier.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>En ce qui concerne l&#8217;objectif de solidarité, le compte n&#8217;y est pas non plus</strong></span><span style="font-size: medium">. La simple &#8220;logique comptable&#8221; a prédominé, là où les ambitions politiques, devant le défi de l&#8217;élargissement, auraient du l&#8217;emporter. L&#8217;actuel budget européen est bien trop réduit pour pouvoir financer efficacement l&#8217;objectif de solidarité: avec un montant équivalent à 1.049% du PIB de l&#8217;UE-27, l&#8217;Union ne pourra pas faire face. Certes, la Présidence britannique a accepté de revenir, en partie, sur son &#8220;chèque&#8221;; mais les concessions obtenues de Tony Blair par l&#8217;Union restent encore très insuffisantes (instauration d’un dispositif d’exclusion de l’assiette de calcul du chèque des dépenses d’élargissement hors PAC-marché et développement rural ex-FEOGA-Garantie; ce dispositif est progressif: le pourcentage de réduction est passé de 0% en 2007 et 2008, à 20% en 2009, 70% en 2010 et 100% à partir de 2011, et définitif au-delà de 2013. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><strong></strong></span></span><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>Qu’apporte dans ce domaine le Traité de Lisbonne ?</strong></span></span><span style="font-size: medium"> Il réécrit partiellement les dispositions relatives au budget, et reprend de manière quasi-totale l’article du TCE, la seule modification étant terminologique. La nouvelle procédure se caractérise par un renforcement du pouvoir de proposition de la Commission, par une extension du champ de compétence et du pouvoir du PE, par une baisse des pouvoirs du Conseil.</span><span style="font-size: medium"><strong>. </strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium">Parmi les éléments les plus importants : </span></p>
<p><span style="font-size: medium">- La distinction entre dépenses obligatoires et dépenses non obligatoires est supprimée – et avec elle la source de conflits potentielle entre le Conseil et le Parlement européen. C’est un net progrès pour le Parlement européen, dont le champ de compétences se voit étendu. </span></p>
<p><span style="font-size: medium">- La procédure budgétaire ne compte plus qu’une lecture au Conseil et au Parlement</span></p>
<p><span style="font-size: medium">- La Commission voit son droit d’intervention reconnu formellement : le Traité de Lisbonne dispose en effet « La Commission peut modifier le projet de budget au cours de la procédure jusqu’à la convocation du comité de conciliation ». De plus, elle affirme sa position en matière d’initiative par un changement de vocabulaire discret : la substitution des termes APB par un vrai « projet de budget », la mention que le projet est bien une « proposition ». </span></p>
<p><span style="font-size: medium">- Le traité est actualisé, pour mieux refléter le fonctionnement effectif de la procédure budgétaire aujourd’hui : le cadre financier pluriannuel est institutionnalisé.</span></p>
<p><span style="font-size: medium">- Surtout, les procédures nouvelles renforcent nettement les pouvoirs du Parlement : tout d’abord celui-ci prévoit, dans des conditions certes strictes, que le dernier mot revienne au PE en cas de blocage. En effet, si le Comité de conciliation s’accorde sur un projet que le Conseil rejette, le PE peut avoir le dernier mot à la majorité de ses membres et des 3/5</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> des suffrages exprimés. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><strong></strong></span></span><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>Mais là où le Traité est à la fois novateur et décevant, c’est sur le système de ressources propres.</strong></span></span><span style="font-size: medium"> Le Traité de Lisbonne laisse la porte ouverte à une évolution du système diversifié de ressources propres de l’Union. En ce sens, il laisse entrevoir la possibilité, par exemple, d’un éventuel – et lointain – impôt européen, ou d’autres dispositions innovantes. </span><span style="font-size: medium"><strong>Ces </strong></span><span style="font-size: medium"><strong>dispositions restent timides, dans le sens où elles se contentent d’ouvrir une perspective, d’esquisser une potentialité</strong></span><span style="font-size: medium">. S’agissant de la procédure, là aussi on note des faiblesses : l’unanimité au Conseil des ministres est conservée pour les décisions touchant à la création d’une nouvelle ressource propre. Autant dire l’extrême difficulté de l’adoption d’une telle décision. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span><span><strong>4. </strong></span></span></span><span style="font-size: medium"><span><span style="text-decoration: underline"><strong>Une Europe qui cherche son identité après l’élargissement</strong></span></span></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Je me dois d&#8217;évoquer également l’enjeu, capital et délicat, de l’élargissement : celui-ci ne se contente pas de modifier les frontières de l’Union, ni même de faire monter la pression sur des institutions qui n’étaient pas dimensionnées pour fonctionner à 27 : il modifie, en profondeur, la nature même du processus de construction communautaire, il déplace les problématiques</strong></span><span style="font-size: medium">, il fait émerger de nouvelles priorités. En clair, il décentre l’intégration européenne de son axe. Du petit club de leaders qui se sont retrouvés, peu ou prou, pendant des années au coin du feu lors de sommets informels (institutionnalisation tardive du CE), on a abouti à un ensemble vaste, hétérogène, obligé de tourner son regard vers de nouvelles questions – la démocratisation de sa périphérie par exemple, la stabilisation de zones proches comme les Balkans…Le budget même de l’Union porte la marque, distinctement, de cette inflexion : en 1988, la Commission met au point un mécanisme (la ligne directrice agricole) qui permet de faire baisser automatiquement la part des dépenses agricoles dans le budget global de l’Union, au profit de dépenses de solidarité pour les « pays de la cohésion », récemment intégrés (Grèce, Portugal, Espagne…).</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Aujourd’hui, il faut prendre en compte en priorité la demande de solidarité des nouveaux membres, mais aussi déployer des efforts supplémentaires pour maintenir la cohérence de l’ensemble communautaire</strong></span><span style="font-size: medium">. Il faut, enfin, mettre en place les institutions capables de faire fonctionner cet ensemble plus vaste. Les institutions ont été élaborées en 1957 pour 6, elles pouvaient fonctionner à 9, 10, 12 ou 15, à 27 l’Europe est paralysée. Les réformes institutionnelles et procédurales comprises dans le Traité de Lisbonne répondent de manière pratique et pragmatique à cette problématique, mais ne répondent pas aux interrogations d&#8217;un « peuple européen », déjà bien hypothétique, sur l’identité de l’Europe. Ces interrogations se traduisent, parfois brutalement, dans des sondages d’opinion peu favorables. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>En effet, l</strong></span><span style="font-size: medium"><strong>e soutien de l&#8217;appartenance à l&#8217;UE reste depuis 2005 à un niveau incroyablement faible :</strong></span><span style="font-size: medium"> après un pic de « mécontentement » en 2005, les eurobaromètres entre le printemps 2006 et l&#8217;automne 2007 ont placé le soutien de l’appartenance à l’UE entre 53% et 58% . L situation s&#8217;est ensuite dégradée en 2008, puisque le soutien à l&#8217;appartenance à l&#8217;UE a reculé à 52% pour l&#8217;eurobaromètre du printemps 2008, et 53% pour celui de l&#8217;automne 2008. Il est resté à ce niveau au printemps et à l’automne 2009. C’est faible, et je ne vois pas pour l&#8217;instant les changements induits par le Traité de Lisbonne inverser la tendance. </span></p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 224px"><img class="  " src="http://farm4.static.flickr.com/3542/3485852614_7d9bb0e3bd.jpg" alt="Photo de European Parliament" width="214" height="320" /><p class="wp-caption-text">Photo de European Parliament</p></div>
<p><span style="font-size: medium">D&#8217;ailleurs, au-delà de ces indicateurs très imparfaits, tant ils dépendent d&#8217;évènements ponctuels, souvent nationaux, </span><span style="font-size: medium"><strong>on peut s&#8217;inquiéter de la récente propension à exploiter le répertoire et le vocabulaire d&#8217;un populisme anti-européen désormais &#8220;politiquement correct&#8221;</strong></span><span style="font-size: medium">. Une forme de &#8220;pensée unique&#8221;, dont la poursuite de la construction européenne était le cœur, a été balayée. Les difficiles négociations et la passion des débats sur le Traité de Lisbonne l&#8217;ont bien montré. Le Parlement s’est de nouveau divisé selon des lignes de fracture qu’on avait un peu oubliées. La crise est évitée, mais de justesse, et aucun doute n’est possible : le fossé entre pro-européens et anti-européens n’a pas disparu, tout juste a-t-il été mis en sommeil depuis 2005, même si le camp du « non » s’est rétréci et a perdu de sa superbe. Plus grave, cette fracture est peut-être là pour rester, parce qu’elle se greffe sur des différences structurelles profondes. L’analyse de Dominique Reynié</span><span style="font-size: medium"> sur les causes du « non » est à cet égard éclairante : le mouvement, pas très organisé mais vaste, qui voit dans l’Union une menace, se caractérise par un trait : la peur de devenir des « déclassés » de l’Union. Ainsi, le « non » a été la revanche des couches populaires : ceux qui sont peu diplômés ou disposent de peu de moyens, ceux qui sont peu mobiles géographiquement, ceux qui voient dans l’Union un avatar de la mondialisation, une force destructurante. Ceux-là sont inquiets, mais je crois aussi, se trompent de cible. J’ai été frappé de l’extrême virulence des réactions des anciens du « non » lorsque le Traité de Lisbonne a été approuvé au parlement. Pour arriver à de tels degrés de rejet, il faut que le débat soit en fait déplacé : c’est tout ce que l’Union représente, tout ce qu’elle symbolise, tous les fantasmes qui s’y rattachent, toutes les craintes même les plus irrationnelles qui s’éveillent – et non pas une opposition objective, argumentée, articulée, basée strictement sur le texte. Ce terreau de protestation, de malaise, d’angoisse, est toujours bien vivant, plusieurs années après, même si la classe politique s’est divisée avec moins d’ostentation.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>IV. Conclusion: Quel avenir politique pour l&#8217;Europe de Lisbonne ?</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Quelles conclusions tirer de ce long diagnostic d&#8217;ensemble ? En tant que député d&#8217;une circonscription où l&#8217;industrie automobile tient une place de premier rang dans l&#8217;économie locale, je ne peux m&#8217;empêcher, pour résumer ma pensée, de comparer l&#8217;Europe à une voiture.</strong></span><span style="font-size: medium"> Le Traité de Lisbonne a beau avoir mis de l&#8217;huile dans son moteur, il ne lui a pas donné un GPS, il ne l&#8217;a pas dotée de la vision fédératrice, d&#8217;un sens. Le nouveau tandem exécutif de l&#8217;Europe Van Rompuy-Ashton le montre bien : l&#8217;enthousiasme premier suscité par la désignation du premier président du Conseil européen choisi par ses pairs, pour deux ans et demi renouvelables, ainsi que la première « haute représentante » pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), innovations majeures du Traité de Lisbonne, est retombé comme un soufflé, s&#8217;est transformé en rendez-vous manqué, car phagocyté par la dérive intergouvernementale et conservatrice de l&#8217;Europe politique, que la nouvelle composition du Parlement européen ne va qu&#8217;accentuer. Ne nous y trompons pas, l&#8217;Europe est sinon dans l&#8217;impasse, du moins sur un terrible faux pas, qui risque d&#8217;être long.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Je crains donc que l&#8217;Europe ne risque de piétiner lors des cinq prochaines années &#8211; au moment même où elle devrait faire bloc et peser sur la scène internationale. </strong></span><span style="font-size: medium">Comment en sortir? Je voudrais insister sur deux facteurs politiques, pour terminer.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>D&#8217;abord l&#8217;importance de l&#8217;amitié franco-allemande. Le</strong></span><span style="font-size: medium"><strong> couple franco-allemand n&#8217;est pas au meilleur de sa forme</strong></span><span style="font-size: medium">. Côté français, le Président de la République a une approche peu exclusive du couple franco-allemand. Son tropisme plus atlantiste, sa défense du pragmatisme en politique étrangère, sa volonté surtout de promouvoir avant tout les intérêts français, quitte à s&#8217;affranchir des disciplines communes, peuvent heurter notre partenaire outre-Rhin. Côté allemand, la méfiance est réciproque : l’intervention de l’ancien ministre de l’économie dans le feuilleton Sanofi-Synthelabo, Aventis, Novartis a laissé des traces, les points de friction – sur le rôle de la BCE, la politique de change, le management d’entreprises européennes comme EADS, la politique vis-à-vis de la Méditerranée, la composition des bouquets énergétiques nationaux, la maîtrise des finances publiques, les modalités de relance économique dans la crise financière grave que connaît aujourd’hui l’Union – ne manquent pas. Disons la vérité: il n&#8217;y a plus de mystique franco-allemande, mais une relation précieuse. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>L&#8217;objectivité invite à souligner qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas là d&#8217;une évolution récente. La relation franco allemande n’a jamais été un long fleuve tranquille. Depuis le couple Chirac-Schröder, elle s&#8217;étiolait progressivement </strong></span><span style="font-size: medium">– leur alliance spectaculaire, et courte, sur le dossier irakien, constitue à cet égard une exception. Mais ce moteur indispensable pour l’Union tend de plus en plus à caler. Or, dès lors que l&#8217;on admet le principe d&#8217;une &#8221; tête de pont &#8221; à l&#8217;Union européenne, la France et l&#8217;Allemagne sont incontournables en son sein. Elles s&#8217;imposent par leur légitimité historique, leur poids économique et démographique et, surtout, leur capacité à s&#8217;accorder – enfin, avant. La France et l&#8217;Allemagne partagent en effet un projet pour l&#8217;Europe remarquablement proche et ont développé, depuis 50 ans, des pratiques constantes de dialogue, d&#8217;écoute mutuelle et de partenariats. Mais pour retrouver une légitimité et redevenir moteur dans l&#8217;Union la France et l&#8217;Allemagne doivent faire preuve d&#8217;imagination et d&#8217;exemplarité : elles doivent respecter les partenaires – compris les nouveaux &#8211; proposer des initiatives concrètes et pas seulement des symboles et des slogans. Elles doivent, aussi retrouver la voie de la confiance. On connaît les exigences de l’Allemagne vis-à-vis de notre pays : une politique de gestion des finances publiques rigoureuse, une méthode basée sur la concertation, une ambition globalement fédéraliste, une prise de distance nette avec les réflexes protectionnistes. Aujourd&#8217;hui, nous ne remplissons aucune de ces attentes, et l’agacement outre-rhin est palpable.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Une nouvelle alliance franco-allemande pourrait pourtant être génératrice d&#8217;idées nouvelles, de démarches plus ambitieuses pour une intégration européenne plus poussée.</strong></span><span style="font-size: medium"> En matière d</span><span style="font-size: medium">’équité et d&#8217;harmonisation fiscale par exemple. Pourquoi ne pas lancer avec nos partenaires allemands une initiative sur le principe d’une assiette de l’impôt sur les sociétés commune à nos deux pays ? Cette approche – qui aurait vocation à être généralisée – nous permettrait de débloquer la situation actuelle où un dumping fiscal dangereux se développe au sein de l’Union, y compris chez des partenaires majeurs de la France.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>N&#8217;oublions pas les leçons de l&#8217;Histoire.</strong></span><span style="font-size: medium"> L</span><span style="font-size: medium">&#8216;Europe ne peut avancer sans un coupe franco-allemand en bonne santé, créatif, et une Commission forte. Sans être nostalgique, tout en sachant que cela ne suffit plus, je suis contraint d&#8217;observer que cette conjoncture ne s&#8217;est pas reproduite depuis le départ, entre 1995 et 1997, de François Mitterrand, Jacques Delors et Helmut Kohl. Cela montre à la fois l&#8217;importance de la culture historique et de la qualité du leadership.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><span style="text-decoration: underline"><strong>Et les gauches dans tout ça?</strong></span></span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>On m&#8217;en voudrait de n&#8217;en point parler. Je suis pour ma part convaincu que la gauche française, et ses homologues européennes, ont l&#8217;ardente obligation de préparer le prochain rendez-vous européen, en 2014, avec la volonté de relancer l&#8217;Europe</strong></span><span style="font-size: medium">, de lui permettre, enfin de s&#8217;affirmer comme une puissance dans le monde, de réussir là où les conservateurs viennent, intentionnellement, d&#8217;échouer. Les chantiers sont, on l&#8217;a vu, nombreux. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Quels sont, pour moi, les thèmes qui doivent être au centre de la perspective européenne de demain ? </strong></span><span style="font-size: medium">Dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, il est désormais évident que l’échelle pertinente est l’échelle mondiale, et que l’action nationale isolée n’a plus aucun sens. Face à une dépendance énergétique toujours plus marquée à l’égard de régions du monde qui mettent à l’épreuve nos valeurs communes de respect de la personne humaine, par leur comportement vis-à-vis de leurs voisins comme de leur propre population – pays du Golfe, Russie – il faut s’organiser collectivement pour assurer notre indépendance. A court terme, cela passe par la mise en place d’un marché européen de l’énergie, à la fois plus ouvert et mieux régulé, de façon à garantir la solidarité entre Etats-membres pour l’approvisionnement. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>A long terme, cela implique la mise en place d’une stratégie commune de sortie du tout carbone par l’investissement dans les énergies renouvelables et les économiques d’énergie. </strong></span><span style="font-size: medium">Cette stratégie doit allier l’initiative privée et l’action publique au niveau européen. La place à accorder à l’énergie nucléaire dans cette stratégie ne saurait ignorer les sensibilités de nos partenaires européens. Enfin, l’investissement massif dans les infrastructures de transport, et notamment dans le rail, doivent être un débouché naturel de cette stratégie.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>En matière de recherche et d’innovation, la question de l’investissement public européen doit enfin être posée, et les moyens de son financement repensés.</strong></span><span style="font-size: medium"> Notre continent doit notamment être en mesure de développer des centres de recherche internationalement reconnus, susceptibles d’attirer chercheurs et ingénieurs venus du monde entier. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>En matière d’immigration, il est urgent de proposer une alternative européenne aux pratiques actuelles, lucide sur les défis migratoires auxquels est confronté le continent, mais n’en oubliant pas moins la dignité humaine comme c’est aujourd’hui le cas.</strong></span><span style="font-size: medium"> L’abrogation de la directive « retour », et l’accroissement du niveau de l’aide européenne au développement sont pour cela indispensables. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>En matière de libertés individuelles</strong></span><span style="font-size: medium">, l’Europe se vit comme le continent des droits de l’homme, celui qui, par son passé tragique, après l’épreuve de deux guerres mondiales et la tragédie de la Shoah, a pris la mesure de l’importance de la dignité humaine et de la préservation des libertés fondamentales. Cette image est malheureusement mise à mal par les politiques sécuritaires et liberticides des gouvernements conservateurs au pouvoir sur le continent. La mise en place à l’échelle européenne d’un cadre unifié de protection des libertés civiles, en particulier en matière de données individuelles et de protection de la presse est nécessaire : il ne pourrait y avoir d’espace démocratique européen si tous nos concitoyens ne sont pas soumis aux mêmes protections en ces matières. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>L’Europe de demain sera culturelle. Un des obstacles majeurs à l’approfondissement du sentiment d’appartenance commune en Europe est la méconnaissance des peuples les uns pour les autres</strong></span><span style="font-size: medium">. Si de grands progrès ont été faits, notamment entre la France et l’Allemagne, un long chemin reste à parcourir. Dans ce domaine comme ailleurs, l’Europe semble avoir baissé les bras et abandonné toute approche volontariste, alors qu’il s’agit d’un sujet crucial pour la soutenabilité du projet européen au 21</span><sup><span style="font-size: medium">ème</span></sup><span style="font-size: medium"> siècle : une feuille de route de grands projets culturels et éducatifs européens doit être élaborée. Pourraient être envisagés un approfondissement de l’enseignement des langues de l’Union dans l’enseignement secondaire adossé à une plus grande mobilité des enseignants, la mise en place de nouveaux médias transnationaux – sur le modèle d’Arte mais destinés à un public plus large – la facilitation des échanges scolaires réguliers.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Enfin, l’Europe sociale doit avancer. La construction européenne ne peut continuer à exister seulement dans la sphère monétaire et financière. </strong></span><span style="font-size: medium">Alors que la mondialisation apparaît plus souvent aujourd’hui aux travailleurs européens comme porteuse de dangers plus que d’opportunités, les forces de progrès doivent pouvoir donner au travailleurs européens les moyens de résister aux chocs et de profiter des opportunités que la mondialisation induit. Un fond d’ajustement européen destiné à financer la reconversion des travailleurs et leur mobilité constitue de ce point de vue un projet prioritaire, de même que la mise en place d’une portabilité des systèmes de retraite à l’intérieur de l’Union : l’Europe doit encourager et non punir ceux des travailleurs qui font au quotidien l’Union économique du continent. Il est par ailleurs temps d’en finir avec la logique des directives sectorielles qui, dans les années 90, ont conduit à la libéralisation des grands services publics – gaz et électricité, Télécoms, Poste – pour adopter une démarche plus globale, à travers une directive-cadre qui les protège.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Tout ceci, vous l&#8217;avez compris, ne sera pas possible sans avancée nouvelle vers l’Europe politique. Il faut pour cela repenser en profondeur le projet européen à moyen terme.</strong></span><span style="font-size: medium"> Une « Fédération d’Etats-nations » est peut-être réaliste, mais ne constitue pas une structure viable et démocratique : il s’agit d’une construction à l’évidence trop complexe pour que les peuples puissent s’en approprier les institutions nécessairement complexes. La confusion des débats référendaires sur le TCE puis sur le Traité de Lisbonne en atteste. </span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Je suis convaincu qu’il n’existe pas d’approfondissement durable, et donc démocratique, de l’intégration européenne sans une forme d’Etat fédéral, c’est-à-dire où la souveraineté s’exerce de manière indépendante de l’appartenance nationale, cela pour les domaines qui le requièrent, et dans le respect du principe de subsidiarité. </strong></span><span style="font-size: medium">Le dépassement de la contradiction entre fédéralisme et nation ne peut plus passer par une complexité institutionnelle toujours accrue : une telle approche risque de dissoudre la légitimité démocratique de la construction européenne et les peuples ne sont pas dupes. Je pense pour ma part qu’un projet fédéral, s’il reste une perspective de long terme, doit continuer d’inspirer les socialistes européens et ré-enchanter un projet d’unification du continent, aujourd’hui confisqué aux peuples d’Europe par la bureaucratie bruxelloise.</span></p>
<p><span style="font-size: medium"><strong>Tel est pour moi l’avenir, la modernité de la gauche.</strong></span><span style="font-size: medium"> Ils résident à la fois dans le retour aux sources – l’internationalisme – dans l’approfondissement d’un idéal un peu perdu de vue – la construction européenne – et dans la prise en compte d’une nouvelle exigence – l’écologie. Il y a, me semble-t-il, dans ces choix à la fois ambitieux et cohérents, idéalistes et concrets, de quoi proposer un nouveau rêve, de perpétuer l&#8217;utopie réalisable de Jean Monnet et Robert Schumann. </span></p>
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		<title>Le parti socialiste européen devient un véritable parti</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 18:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>redacteurs</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Parti socialiste européen, rassemblement de l’ensemble des partis socialistes et sociaux-démocrates européens, était en congrès les 7 et 8 décembre à Prague. Au-delà de la grande messe relativement consensuelle que l’on peut attendre de ce type d’évènement, ce rassemblement a été l’occasion de donner une impulsion majeure à la création d’un véritable parti européen, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" src="http://img.over-blog.com/300x225-ffffff/1/10/31/06/PSE-Prague.JPG" alt="" width="262" height="196" />Le Parti socialiste européen, rassemblement de l’ensemble des partis socialistes et sociaux-démocrates européens, était en congrès les 7 et 8 décembre à Prague. Au-delà de la grande messe relativement consensuelle que l’on peut attendre de ce type d’évènement, <strong>ce rassemblement a été l’occasion de donner une impulsion majeure à la création d’un véritable parti européen, et à la constitution d’une démocratie vivante au niveau européen.</strong></p>
<p>Le premier signe est la modification des statuts qui acte que le PSE aura un candidat pour la Commission européenne lors des prochaines élections (et des suivantes), avec naturellement un programme commun. Il faut dire que les dernières élections se sont révélées un tel fiasco qu’il est apparu de façon crue que le cavalier seul et le repli sur le territoire national n’était pas une solution fortement dynamique. On notera également la <strong>réélection triomphale de Poul Nyrup Rasmussen avec 99,6% des voix</strong>, attendue puisqu’il était le seul candidat, mais qui aurait pu être moins unanime après un discours où il a annoncé fortement son intention de développer le PSE et l’intégration entre les différents partis socialistes d’Europe: <strong>« le parti socialiste européen doit se réformer ou mourir »</strong>. La rédaction d’une déclaration de principe est prévue, ainsi que l’intensification des échanges entre les différents PS et la poursuite de rencontres entre les chefs de partis et les chefs de gouvernements.</p>
<p>L’autre signe est le développement et <strong>la reconnaissance officielle des « activistes PSE »</strong>. Il s’agit de l’équivalent des adhérents directs de l’UDF, membres à la fois des partis nationaux et spécialement impliqués dans le fonctionnement de la structure européenne. Leur rôle est dorénavant prévu dans les statuts, ils ont eu une place de choix dans le discours de Rasmussen, et une réunion de travail leur était consacrée. Outre l’intérêt même de leur participation au PSE, on attend d’eux qu’ils soient le fer de lance de l’européanisation de leurs partis nationaux. Le PSE a également créé un think-tank, la FEPS, qui aura pour tâche de fédérer la réflexion sociale-démocrate en Europe.</p>
<p>Les français ont été à l’honneur, Martine Aubry ayant fait un discours très volontaire sur le renforcement du PSE, seul instrument de gauche à la mesure des défis posés par le capitalisme financier. Elle a également fait très bonne impression lors des questions, retrouvant à cette occasion beaucoup de spontanéité. Par ailleurs, Pervenche Bérès a fait une intervention très remarquée lors de la table ronde sur les marchés financiers. Elle présidait la commission économie lors de la dernière mandature, et on regrette que cette commission ait été sacrifiée en faveur des conservateurs anglais lors des dernières négociations.</p>
<p><strong>Le Parti socialiste européen a donc pris une décision fondamentale pour la suite de son activité, en cessant d’être un club de rencontre entre dirigeants socialistes pour devenir la structure où se définit la politique socialiste au niveau européen</strong>. Il existera désormais une gauche européenne structurée lors des rendez-vous électoraux, ce qui devrait changer fortement la physionomie de la démocratie européenne, avec l’introduction d’un débat politique qui n’existait pas jusqu’alors.</p>
<p>D’un point de vue plus subjectif, quelques évènements ressortent de ce congrès. Le premier, malheureux, est la réintégration du parti socialiste slovaque, qui s’est allié à l’extrême droite locale pour revenir au pouvoir. Il aura suffit d’une déclaration d’intention de respecter les valeurs socialistes pour acter les retrouvailles, ce qui semble un peu léger. Le désir de renforcer l’unité du PSE nouveau prévaut un peu encore sur celui d’y affirmer une ligne commune solide…</p>
<p>Une certaine convergence des réflexions en cours au sein des partis socialistes européens a pourtant été mise en lumière par l&#8217;intervention de Roger Liddle, président du Policy network, au Fringe meeting de la FEPS au cours de laquelle, après voir défendu le bilan des travaillistes sous Blair, il a estimé que les Britanniques devaient tirer certaines leçons de leurs expériences. En premier lieu il est erroné et dangereux de trop faire confiance aux marchés pour fonctionner seuls, et en second lieu que la lutte contre les inégalités ne peut se réduire à la lutte pour l&#8217;amélioration du sort des plus pauvres. Ceci implique donc, d’une part <strong>un consensus sur la nécessité de réguler l’économie</strong>, et d’autre part sur l’idée que les inégalités ne peuvent pas simplement être traitées une fois qu’elles sont nées, mais que l’action publique doit être beaucoup plus globale, à la fois en amont de la création des inégalités et de manière plus large que sur les seuls démunis.</p>
<p><img class="alignleft" src="http://img.over-blog.com/300x219-ffffff/1/10/31/06/rasmussen2.jpg" alt="" width="300" height="219" />Notons également l’extraordinaire cravate de Rasmussen qui, dans les circonstances, a beaucoup marqué les esprits, ainsi que le discours de Martin Schulz, président du groupe SD au Parlement, extrêmement énergique et aux accents évocateurs. Affirmant que « Kameraden, wir sind ein antikapitalismus Partei ! », il a mis en accusation Brown et Zapatero, regrettant qu’ils ne se soient pas déplacés au Congrès pour qu’il puisse leur dire en face après leur soutien à Barroso que cette Europe libérale qui se construit, « c’est votre Europe », « das ist Ihren Europa ! ». Etonné par tant de vigueur de la part de l’homme des accords techniques au Parlement, qui a lui-même décidé que les socialistes s’abstiendraient lors du vote sur la désignation de Barroso, je lui pose la question. Tout ceci est en fait du à une<strong> incompréhension culturelle des français, pour lesquels le seul modèle politique valide est l’opposition d’un bloc de gauche et d’un bloc de droite</strong>. D’autres modèles politiques existent, et en particulier les institutions du Parlement impliquent un travail en commun car sinon il n’y a aucune majorité. Les socialistes sont donc « dans une opposition frontale de principe, mais dans une position de collaboration institutionnelle ». L’explication se tient, mais le contraste entre la force du discours et la modestie de la pratique reste un peu surprenante ; certains parlent même à voix basse de « molletisme ».</p>
<p>Source :<a href="http://sauvonsleurope.over-blog.fr/" target="_blank"> le blog de Sauvons l&#8217;Europe</a></p>
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