L’autre jour, ma frangine passe à la maison. On discute de rien, du week-end, des vacances. Et là, tilt. On a grandi dans la même baraque, avec les mêmes parents, et nos loisirs n’ont plus rien à voir. Elle : Netflix le soir, aire de jeux du quartier avec ses gamins. Moi : manette dans le salon, sac de rando prêt dans l’entrée. C’est fou à quel point nos vies de temps libre ont divergé. Et même nos réflexes face aux arnaques et pièges du web sont différents : elle se fait encore avoir par des SMS douteux, moi j’ai appris à les repérer.
En feuilletant les rapports récents sur le secteur des loisirs, un truc saute aux yeux : 2025 a servi de bascule. Les gens veulent sortir ET se poser chez eux. Ils réclament du concret ET du digital. Bref, tout, tout de suite. Ce grand écart permanent, c’est ce qui rend le marché aussi difficile à lire.
Prends les parcs à sensations. Parc Astérix a annoncé un plan d’investissement à 250 millions pour viser le top 5 européen. 250 patates, faut le faire. Le message est net : ils parient que les Français vont continuer à sortir la CB pour une journée à faire la queue devant des loopings. Ce type de nomination stratégique à la direction financière d’un grand groupe illustre bien que les investisseurs croient dur comme fer à ces marchés. Perso, je pense qu’ils ont bien lu la tendance. La fréquentation d’après-Covid ne faiblit pas, les familles ont repris leurs habitudes, et surtout elles acceptent de mettre le prix pour une journée qui décoiffe.
De l’autre côté, les équipements de loisirs publics galèrent (oups, disons plutôt : tirent la langue). L’île de loisirs de Vaires-Torcy est passée à deux doigts de la fermeture avant d’être sauvée in extremis. Le paradoxe est saisissant : les géants privés claquent des centaines de millions pendant que les structures collectives cherchent la petite monnaie pour survivre. Un loisir clairement à deux vitesses.
Sur le jeu vidéo, la courbe monte, tranquille mais sûre. L’étude annuelle qu’on connaît tous confirme la chose : les Français jouent plus, et surtout de plus en plus âgés. Le cliché du gosse boutonneux enfermé dans sa chambre a vécu. Les quadras s’y mettent, les retraités pianotent sur leur smartphone, tout le monde touche à une manette ou à un écran tactile. Et forcément, ça déborde vers d’autres divertissements numériques. Ceux qui aiment jongler entre les formats peuvent aussi bien lancer une partie de Zelda que rejoindre Brutal Casino ou d’autres plateformes en ligne pour varier un peu.
Le streaming, c’est un chapitre à part entière. Netflix, Prime, Disney+, Max, Apple TV+… les Français empilent les abonnements sans se poser de questions. Le top 10 mensuel de Netflix est scruté avec autant d’attention que la météo du week-end. Les soirées plaid-canapé sont redevenues tendance, et pas seulement par flemme. Pour beaucoup, c’est un choix budgétaire assumé face à un ciné qu’ils jugent hors de prix.
Justement, parlons salles obscures. Elles tiennent, mais uniquement grâce à quelques gros cartons bien placés dans l’année. Entre deux blockbusters, c’est plus poussif. Le public préfère attendre que le film débarque en streaming. Honnêtement, je les suis à moitié : 14 balles la place face à 15 balles l’abo mensuel, le calcul se fait tout seul.
Ce qui m’a vraiment bluffé ces derniers mois, c’est le boom des loisirs qu’on appelle « expérientiels ». Escape games qui ouvrent à tous les coins de rue, bars à concept en pagaille, cours de cuisine complets des semaines à l’avance, ateliers poterie (si si, la poterie explose, je te jure), stages de céramique, soirées dégustation à l’aveugle, ateliers parfum. Les Français lâchent moins de blé dans des objets et plus dans des trucs à vivre. C’est un vrai virage.
Le sport en salle poursuit son ascension. Les abos type Basic-Fit cartonnent. Le padel a envahi les banlieues résidentielles. Le CrossFit garde ses inconditionnels. La course à pied, elle, demeure la championne des activités gratos, avec une communauté hyperactive sur les réseaux.
Le tableau d’ensemble est totalement éclaté. Et pour ma part, je trouve ça plutôt cool. Ça veut dire qu’on peut piocher partout, mélanger, tester des trucs, se raviser. Un samedi manège à sensations, un dimanche affalé devant une série coréenne, un mardi manette en pogne, un jeudi raquette de padel à la main. Être Français en 2026, c’est ça au fond : refuser de choisir son camp.
Cette période, moi, je m’y sens bien.










